Lithium en Tunisie : derrière l’eldorado à 2,2 milliards de dollars, les défis d’une exploitation responsable

Lithium en Tunisie : derrière l’eldorado à 2,2 milliards de dollars, les défis d’une exploitation responsable

Lithium en Tunisie : derrière l’eldorado à 2,2 milliards de dollars, les défis d’une exploitation responsable

Sous les croûtes de sel de Chott El Jerid, dans le sud tunisien, se cacherait l’un des métaux les plus convoités de la planète. Une étude publiée dans le Journal of African Earth Sciences estime à environ 142 500 tonnes la quantité de lithium contenue dans les saumures de ce lac salé. Une manne potentielle estimée à 2,2 milliards de dollars, qui pourrait bouleverser l’avenir industriel de la Tunisie. Mais derrière l’enthousiasme, les chercheurs appellent à la prudence : ce trésor n’est pas encore une réalité exploitable.

Une découverte scientifique avant tout

L’étude, menée par Hassan Khalifa, Houcine Sfi et Bart van den Broeck de l’Institut supérieur des sciences et techniques des eaux de Gabès, ne date pas d’hier. Elle s’appuie sur des échantillons prélevés à différents points du Chott El Jerid, ce vaste bassin salin de 5 000 km². Les résultats sont sans appel : le volume de saumure est estimé à 5 milliards de mètres cubes, avec une concentration moyenne de 28,5 parties par million (ppm) de lithium. Dans le secteur nord-ouest, cette concentration atteint même 51 ppm, un niveau qui a de quoi susciter l’intérêt des industriels.

« Ce que nous avons découvert, c’est un ressource potentielle, pas une réserve minière », insiste Hassan Khalifa, joint par téléphone. « Il faut bien distinguer les deux notions. Une ressource, c’est ce qui existe dans le sous-sol. Une réserve, c’est ce qui peut être extrait de manière rentable avec les technologies actuelles. Nous n’en sommes pas encore là. »

Un contexte mondial porteur

L’engouement autour de cette découverte s’explique par la transformation profonde du marché mondial de l’énergie. Le lithium est devenu l’or blanc de la transition écologique. Indispensable à la fabrication des batteries des véhicules électriques – une voiture en consomme entre 5 et 10 kilogrammes –, il est également au cœur des systèmes de stockage pour l’énergie solaire et éolienne. Les géants Tesla, BYD et consorts en raffolent, et les cours du carbonate de lithium, bien que volatils, restent élevés.

Pour la Tunisie, qui cherche à diversifier son économie et à attirer des investissements dans les technologies vertes, l’aubaine est tentante. Le pays pourrait, à terme, se positionner sur la chaîne de valeur des batteries, un marché en pleine explosion.

Derrière le mirage financier, des défis colossaux

Mais la route est semée d’embûches. Le chiffre de 2,2 milliards de dollars qui circule dans les médias est une estimation théorique, calculée à partir d’un prix de référence du carbonate de lithium. Il ne tient pas compte des coûts d’extraction, de transformation, ni des incertitudes du marché. « C’est une valeur en terre, pas un gain net », rappelle Hassan Khalifa.

Surtout, l’extraction du lithium à partir de saumures de faible concentration reste une gageure technologique. Les méthodes classiques par évaporation solaire nécessitent d’immenses bassins et des années de traitement. Elles consomment également de grandes quantités d’eau douce, une ressource rare dans une région déjà frappée par le stress hydrique.

« Le Chott El Jerid est un écosystème fragile », prévient le chercheur. « Toute exploitation devra être précédée d’une étude d’impact environnemental approfondie. On ne peut pas sacrifier la ressource en eau pour extraire du lithium. »

Un avenir à construire

Pour l’heure, l’équipe de recherche poursuit ses travaux. Une étude de faisabilité économique est en cours, en collaboration avec des partenaires industriels. L’objectif : déterminer si une extraction à l’échelle pilote est viable, tant sur le plan technique que financier.

En attendant, la découverte place la Tunisie sur la carte mondiale des pays susceptibles de fournir du lithium. Une reconnaissance qui pourrait attirer des investisseurs étrangers et stimuler la recherche locale. Mais les autorités tunisiennes n’ont, pour l’instant, annoncé aucun projet d’exploitation.

« Cette étude est une première étape », conclut Hassan Khalifa. « Elle montre qu’il y a quelque chose. Maintenant, il faut du temps, de l’argent et de la volonté politique pour transformer ce potentiel en réalité industrielle. »

La Tunisie tient peut-être là une opportunité historique. Mais comme souvent avec les richesses minières, le chemin de l’exploitation sera long, coûteux et semé d’embûches. Le lithium de Chott El Jerid n’a pas fini de faire parler de lui.

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