La masse monétaire en circulation en Tunisie atteint désormais 27,5 milliards de dinars.
Le chiffre est confirmé par les dernières statistiques de la Banque centrale de Tunisie.
C’est un record historique en valeur absolue.
Mais le vrai sujet n’est pas le montant brut.
Le vrai sujet, c’est ce que ce volume de numéraire hors banques révèle sur l’économie informelle tunisienne, la politique monétaire et l’efficacité de la politique fiscale.
Masse monétaire en circulation en Tunisie : que signifie vraiment 27,5 milliards ?
27,5 milliards de dinars correspondent aux billets et pièces détenus par le public hors du système bancaire.
Ce n’est pas :
- Un chiffre inventé
- Une estimation floue
- Un indicateur marginal
C’est une donnée officielle.
Le montant, pris isolément, ne suffit pas. Il doit être comparé :
- Au PIB tunisien
- À la masse monétaire totale (M2)
- Au volume des dépôts bancaires
La Tunisie affiche une progression continue du numéraire depuis 2011. Les facteurs sont clairs :
- Inflation persistante
- Perte de confiance bancaire
- Fiscalité perçue comme lourde
- Expansion du secteur informel
Le numéraire augmente presque chaque année.
Ce qui change aujourd’hui, c’est son poids structurel.
Économie informelle tunisienne : le lien direct avec le numéraire
Plus la masse monétaire en circulation progresse, plus l’économie informelle tunisienne se renforce.
Les estimations situent l’informel entre :
30 % et 40 % du PIB
Cela signifie :
- Transactions non déclarées
- Fiscalité contournée
- Protection sociale inexistante
- Distorsion de concurrence
Attention à une nuance importante :
Le numéraire n’implique pas automatiquement la fraude.
Un retrait bancaire peut être utilisé légalement.
Mais statistiquement, une forte circulation de billets facilite l’informalité.
Dans une économie où le paiement électronique reste faible, le numéraire devient l’outil dominant.
Inclusion financière : près d’un tiers des Tunisiens hors système bancaire
Les études d’inclusion financière indiquent que :
60 % à 70 % des adultes tunisiens sont bancarisés
Donc :
30 % à 40 % ne disposent pas de compte bancaire
Cela signifie :
- Épargne en liquide
- Salaires en espèces
- Transactions quotidiennes non traçables
Ce point est central pour comprendre la transmission de la politique monétaire en Tunisie.
Moins une population est bancarisée, plus la politique monétaire devient fragile.
Politique monétaire et politique fiscale : affaiblies mais pas neutralisées
Dire que les outils économiques deviennent « inutiles » serait excessif.
La réalité est plus technique.
Ce qui s’affaiblit
Quand le numéraire domine :
- La transmission des taux d’intérêt ralentit
- L’effet des mesures fiscales se dilue
- La traçabilité diminue
- Le contrôle macroéconomique devient moins précis
Ce qui continue de fonctionner
Même avec un fort secteur informel :
- Le crédit bancaire reste actif
- Le taux de change affecte les prix
- L’inflation importée agit sur toute l’économie
- La liquidité interbancaire reste pilotée par la banque centrale
La politique monétaire en Tunisie ne disparaît pas.
Elle devient moins efficace, moins rapide, moins ciblée.
Le vrai risque : perte progressive de contrôle macroéconomique
Si la masse monétaire en circulation continue d’augmenter :
- La base fiscale se réduit
- Le déficit budgétaire devient plus difficile à corriger
- L’endettement augmente
- L’État dépend davantage du financement externe
Dans un pays déjà confronté :
- À une pression inflationniste
- À un déficit courant structurel
- À une dette publique élevée
L’augmentation du numéraire en circulation n’est pas neutre.
C’est un indicateur de défiance économique.
Verdict stratégique
✔ Le chiffre de 27,5 milliards de dinars est crédible.
✔ L’augmentation du numéraire est un signal macroéconomique sérieux.
✔ Le lien avec l’économie informelle tunisienne est structurel.
✖ Les outils économiques ne deviennent pas vains — mais leur efficacité se dégrade.
Le sujet n’est pas idéologique. Il est structurel.
La vraie question n’est pas « combien de numéraire circule ».
La vraie question est :
À partir de quel seuil l’État perd-il sa capacité d’arbitrage économique ?