Mohamed Seddiki : l’audace tunisienne qui révolutionne les transferts d’argent
Mohamed Seddiki : l’audace tunisienne qui révolutionne les transferts d’argent
Mohamed Seddiki : l’audace tunisienne qui révolutionne les transferts d’argent
Quand un choix bouleverse tout
Mohamed Seddiki regarde fixement l’écran de son ordinateur dans son petit appartement de Berlin. Devant lui, un tableau comparatif des frais de transfert d’argent en Europe. Il vient d’envoyer de l’argent à sa mère, restée à Tunis, après avoir perdu une demi-journée à naviguer entre les banques et leurs procédures complexes.
Il ressent une frustration familière, ce mélange de colère et d’impuissance qui le hante depuis son adolescence. À cet instant précis, il prend une décision qui changera le cours de sa vie : s’il existe une solution plus simple, plus rapide et moins coûteuse, il sera celui qui la construira.
Origines et mentalité
Mohamed est né dans une famille de classe moyenne à Tunis, où le pragmatisme et l’effort étaient des valeurs centrales. Son père, comptable, lui a inculqué la rigueur des chiffres, sa mère, institutrice, la patience et le souci de l’autre.
Très tôt, il développe une curiosité pour les nouvelles technologies et l’économie. Après le lycée, il quitte la Tunisie pour l’Allemagne, d’abord pour ses études en finance et informatique, puis pour y explorer le monde professionnel. Il enchaîne les expériences dans des start-ups et des banques, apprenant autant la gestion de projets que les subtilités des marchés européens.
Cette immersion européenne ne lui fait pas oublier ses racines : il reste profondément attaché à la communauté tunisienne expatriée. Son esprit se forge dans cet équilibre : ambition professionnelle et désir d’avoir un impact concret sur la vie des siens.
Le moment de rupture
Le déclencheur de MovePayment n’est pas un pitch ni un business plan bien rodé, mais une scène domestique simple. Sa mère, à Tunis, tente d’envoyer de l’argent à un cousin en Algérie et se perd dans les multiples formulaires, frais et délais.
Mohamed constate les retards, les commissions excessives et le stress que cela engendre pour des familles déjà contraintes financièrement. Il mesure le potentiel d’un service qui ne se contenterait pas de transférer de l’argent, mais qui rendrait le processus humainement simple et accessible.
Le risque est énorme. À ce moment-là, il a un emploi stable dans une banque allemande, un salaire confortable et une carrière prometteuse. Créer MovePayment signifie tout quitter, affronter un marché dominé par des géants comme Western Union et composer avec la régulation financière européenne.
Les doutes sont constants : « Et si personne ne faisait confiance à ma solution ? Et si je perdais tout ? » Chaque soir, il hésite, repasse les chiffres et le plan dans sa tête. Pourtant, il franchit le pas.
Chiffres et ascension
MovePayment démarre avec quelques dizaines de clients, principalement des proches et connaissances. Rapidement, le bouche-à-oreille propulse l’application. Les coûts de transfert sont inférieurs de 30 à 50 % à ceux des concurrents traditionnels.
Les temps de transfert, qui dépassaient souvent 72 heures pour certains services, tombent à moins de 12 heures. En deux ans, l’entreprise atteint plusieurs milliers d’utilisateurs actifs en Europe et commence à générer un chiffre d’affaires à six chiffres, somme modeste mais suffisante pour confirmer la viabilité de son modèle.
La technologie derrière MovePayment repose sur une infrastructure sécurisée et intuitive. Mohamed investit personnellement dans la plateforme, s’assurant que l’expérience utilisateur reste simple mais fiable. Chaque décision technique est guidée par une logique : résoudre un problème réel, pas impressionner les investisseurs.
Obstacles et échecs
Le chemin n’est pas linéaire. MovePayment fait face à des difficultés de trésorerie, des retards de régulation et des partenariats bancaires qui échouent au dernier moment. Les critiques fusent : « Trop petit pour concurrencer Western Union », « Les expatriés ne changeront pas leurs habitudes ».
À plusieurs reprises, Mohamed envisage de ralentir la croissance, voire de vendre l’entreprise à un acteur établi. Mais chaque obstacle est analysé, disséqué et transformé en plan d’action.
La pression personnelle est intense. Entretenir une start-up en pleine croissance loin de sa famille implique des sacrifices. Les weekends disparaissent, les soirées sont souvent consacrées à répondre à des emails ou à négocier avec des partenaires. Pourtant, cette tension forge une résilience et un pragmatisme rarement appris dans les livres.
Leadership et vision
Mohamed Seddiki dirige MovePayment comme il gère sa propre vie : avec rigueur, tout en restant proche des utilisateurs. Chaque décision stratégique, du choix des partenaires financiers à la conception de l’interface mobile, reflète sa philosophie : créer un produit qui sert réellement les gens, pas uniquement le marché. Il délègue peu, mais fait confiance à son équipe sur les domaines où elle excelle, cultivant une culture d’entreprise basée sur la transparence et la responsabilité.
Sa vision dépasse les chiffres : il veut que MovePayment devienne une infrastructure financière de référence pour les expatriés du monde entier, capable de s’adapter aux besoins spécifiques de chaque communauté. Il ne cherche pas seulement à concurrencer Western Union ; il veut redéfinir la notion de service de transfert d’argent numérique.
Impact réel en Tunisie
MovePayment ne se limite pas à un service pour la diaspora. Une partie du chiffre d’affaires est consacrée à des projets humanitaires : financement de puits en Afrique et au Moyen-Orient, soutien à des initiatives locales en Tunisie.
Pour Mohamed, chaque transaction réussie est aussi une promesse : celle d’un impact positif sur la vie quotidienne de centaines de familles. Les transferts plus rapides et moins coûteux signifient pour beaucoup d’expatriés la possibilité d’aider leurs proches plus régulièrement, sans que les frais ne grèvent leur budget.
En Tunisie, MovePayment est perçue comme un symbole d’innovation locale capable de rayonner à l’international. Elle inspire de jeunes entrepreneurs à envisager la technologie non pas seulement comme un moyen de profit, mais comme un outil de transformation sociale.
Ce que ce parcours révèle
Le parcours de Mohamed Seddiki illustre la complexité du climat entrepreneurial tunisien et de la diaspora : des talents formés localement, confrontés à des infrastructures limitées et à des marchés nationaux fragiles, choisissent de s’expatrier pour concrétiser leurs ambitions.
MovePayment montre aussi qu’avec la bonne combinaison d’expertise, de compréhension des besoins réels et de résilience, il est possible de créer des entreprises compétitives à l’échelle mondiale tout en restant ancré dans les valeurs de la communauté d’origine.
La success story de Mohamed n’est pas une histoire de destin, mais le produit d’une stratégie réfléchie, de sacrifices personnels et d’une vision claire. Elle confirme que, même dans un environnement complexe comme celui de la Tunisie et de sa diaspora, l’innovation pragmatique et orientée utilisateur peut générer un impact tangible et durable. Et pour Mohamed, chaque transfert effectué n’est pas seulement un flux financier : c’est la preuve que son choix audacieux, ce moment de tension devant l’écran, valait chaque risque.
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