Chaque été, des milliers de Tunisiens paient entre 600 et 1 000 € pour un aller-retour pour deux personnes vers la France. Pendant les vacances scolaires, le prix d’un billet peut atteindre entre 350 et 500 € par personne. La question se pose : pourquoi ces tarifs restent-ils si élevés malgré une demande constante ?
Le marché aérien tunisien : concentration et fragilité
Le transport aérien en Tunisie est fortement concentré et vulnérable :
- Tunisair assure la majorité des vols long-courriers vers l’Europe.
- Les compagnies low-cost, comme Transavia ou EasyJet, offrent une concurrence limitée, souvent saisonnière.
- Conséquence : un marché oligopolistique avec une faible rotation des vols, ce qui maintient les prix à un niveau élevé.
Exemple concret :
- Paris-Tunis, juillet 2026 : tarif moyen aller-retour 450 €, soit une hausse de 15 % par rapport à 2025.
Open Skies : mécanisme et effets attendus
L’Open Skies permettrait à toute compagnie européenne d’ouvrir des lignes sans restriction, augmentant ainsi l’offre de vols et les sièges disponibles. Les effets économiques anticipés sont :
- Augmentation de l’offre : plus de vols et de sièges disponibles.
- Pression sur les prix : lorsque l’offre augmente et que la demande reste constante, les prix ont tendance à baisser.
- Stimulation du tourisme et de la mobilité : plus de destinations et des billets plus accessibles.
Chiffres européens comparables :
- L’Espagne et le Portugal ont ouvert leurs marchés depuis 2008. Résultat : baisse moyenne de 20 à 30 % sur les billets internationaux et hausse de 15 % de la fréquentation touristique.
Pourquoi la Tunisie résiste
Plusieurs facteurs expliquent la prudence tunisienne face à une ouverture totale :
- Fragilité de Tunisair : déficit cumulé estimé à 200 millions d’euros en 2025.
- Une ouverture complète pourrait :
- Réduire ses parts de marché de 50 % en été selon des études internes.
- Menacer 1 500 emplois directs et indirects dans le secteur aérien.
- Déstabiliser un secteur stratégique pour l’économie nationale.
- Décision politique : protéger la compagnie nationale ou réduire le coût des billets grâce à la concurrence.
Options et enjeux stratégiques
Pour libéraliser progressivement le ciel tunisien tout en limitant les risques :
- Ouverture progressive : autoriser plus de vols low-cost tout en maintenant une part de marché minimale pour Tunisair.
- Partenariats et co-branding : alliances avec des compagnies européennes pour partager le risque et moderniser l’offre.
- Investissement dans Tunisair : recapitalisation et modernisation pour rendre la compagnie compétitive avant une libéralisation totale.
Entre choix politique et coût pour le citoyen
Le coût élevé des billets pour l’Europe n’est pas une fatalité. Il résulte d’un choix politique et économique. La Tunisie doit arbitrer entre la protection de son transporteur national et la baisse des prix par la concurrence. Chaque option a un impact direct sur l’emploi, la compétitivité et la mobilité des citoyens.