Première africaine : le monorail du Caire entre en gare
Première africaine : le monorail du Caire entre en gare
Première africaine : le monorail du Caire entre en gare
Le Caire respire : le premier monorail d’Afrique est en service
L’Égypte vient de marquer l’histoire du continent. Ce mercredi, dans le tumulte du Grand Caire, une silhouette élancée glisse silencieusement sur ses rails de béton. C’est le tout premier monorail exploité commercialement en Afrique. Un bijou de technologie signé Alstom, qui se veut plus qu’un simple transport : une bouffée d’air pour les 25 millions d’habitants étouffés par les embouteillages.
Bienvenue à bord de l’« East of Nile », ce train suspendu qui serpente sur 56 kilomètres à l’est de la capitale. Dès aujourd’hui, 16 de ses 22 stations accueillent les premiers passagers. Une petite révolution pour les Cairotes, qui passent leur vie coincés dans des flots de voitures.
Un défi colossal pour la capitale la plus embouteillée du monde
Le Caire détient un triste record : celui des villes les plus saturées de la planète. Se déplacer d’un quartier à l’autre relève souvent du parcours du combattant. Alors quand on annonce qu’un monorail automatique (sans conducteur) peut transporter 45 000 personnes par heure et par direction, les oreilles s’ouvrent.
Prenons un exemple concret. Le trajet entre la station El Moshir Tantawi et Justice City prenait jusqu’à 1 heure 20 minutes en voiture. Grâce au monorail, il n’en faudra plus que 40. Une heure gagnée sur la route, une heure rendue à la vie de famille, au travail ou au repos.
« Ce système change véritablement la donne, non seulement pour l’Égypte, mais aussi pour l’ensemble du continent africain », se réjouit Martin Vaujour, président d’Alstom pour l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie centrale.
56 kilomètres, 22 stations, une nouvelle capitale à portée de rail
Ce premier tronçon s’inscrit dans un plan d’envergure de 4,5 milliards de dollars. L’objectif ? Relier Le Caire à ses villes satellites, et surtout à la nouvelle capitale administrative sortie du désert. Une cité futuriste encore en construction, mais qui pourrait bien devenir le cœur battant du pays.
Le monorail relie déjà l’est du Caire à cette vitrine politique. Pour l’industriel Alstom, « il réduit considérablement les temps de trajet et améliore la connectivité entre les principaux quartiers résidentiels, d’affaires et administratifs ».
Ce n’est pas qu’une ligne de plus. C’est le symbole d’une Égypte qui se projette en 2030 – et qui veut le faire avec ses propres mains.
« Avec plus de 98 % de la main-d’œuvre provenant d’Égypte, ce projet met en avant l’excellence nationale en ingénierie et un grand savoir-faire local », souligne Ramy Salah El Din, directeur général d’Alstom Égypte.
Un monorail français… financé par la France
Construit sur le site anglais d’Alstom à Derby, ce monorail Innovia porte pourtant une forte empreinte hexagonale. Alstom est présent en Égypte depuis 40 ans, et les contrats s’enchaînent.
En 2021, le groupe a décroché un marché de 876 millions d’euros pour fournir 55 rames de métro et assurer la maintenance de la ligne 1 du Métro du Caire. Un financement assuré par… la France elle-même, sous forme de prêt à l’Égypte. Concrètement, c’est Paris qui prête au Caire le montant nécessaire pour acheter français. Une boucle vertueuse du « made in France ».
Et le TGV allemand en embuscade
Mais l’Égypte ne mise pas tout sur un seul rail. Ses ambitions grandes vitesses se tournent aussi vers l’Allemagne. Une première ligne de 660 kilomètres entre Ain Sokhna, Marsa Matrouh et Alexandrie est en bonne voie, pilotée par Siemens et Deutsche Bahn. De quoi dessiner une mobilité mixte, où monorail, métro et TGV cohabitent pour désengorger un pays de 110 millions d’habitants.
Pour l’heure, les Cairotes découvrent leur nouveau serpent d’acier. Beaucoup sourient, certains filment, tous espèrent que ce monorail tiendra sa promesse : leur rendre du temps. Et en Afrique, c’est bien plus qu’une première – c’est une espérance.
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