Hydrogène vert en Tunisie : le pays peut devenir la batterie de l’Europe

La Tunisie possède un atout sous-estimé : son soleil et ses vents. Avec une stratégie énergétique ambitieuse, le pays pourrait devenir un fournisseur clé d’électricité verte pour l’Europe. L’enjeu n’est pas technique mais géopolitique : contrôler la transition énergétique de la région nord-africaine et s’imposer sur les marchés européens.

H2 – Un potentiel solaire et éolien sous-exploité

  • La Tunisie reçoit en moyenne 2 800 à 3 200 heures de soleil par an, parmi les plus élevées de la Méditerranée.
  • Les zones désertiques représentent 40 % du territoire, idéales pour des fermes solaires et éoliennes à grande échelle.
  • Le vent côtier peut atteindre 8 à 9 m/s, suffisant pour des parcs éoliens industriels.
  • Exemple : Le projet TuNur (Tunisie-Europe) prévoit 5 GW d’énergie solaire exportable vers l’Italie d’ici 2030.

Opportunité : un mix solaire-éolien associé au stockage d’hydrogène permettrait de produire de l’électricité exportable 24h/24, contournant l’intermittence.

L’hydrogène vert comme catalyseur géopolitique

  • L’hydrogène vert, produit par électrolyse, transforme l’électricité excédentaire en un vecteur transportable.
  • L’Europe prévoit d’importer 5 millions de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici 2030.
  • La Tunisie pourrait capter 10 à 15 % de ce marché, grâce à sa proximité et à ses infrastructures portuaires.
  • Exemple : Le port de Gabès pourrait devenir un hub stratégique pour l’exportation vers Marseille et Gênes.

À noter : chaque MW produit localement pourrait représenter 150 000 € de valeur ajoutée annuelle en exportation.

Infrastructures et investissements nécessaires

  • Transport : lignes à haute tension, hubs portuaires et terminaux d’hydrogène liquéfié.
  • Production : électrolyseurs industriels et fermes solaires-éoliennes.
  • Partenariats public-privé : investissement initial estimé à 15-20 milliards € sur 10 ans.
  • Exemple de modèle : Le Maroc exporte déjà de l’électricité solaire vers l’Espagne via des lignes HVDC. La Tunisie pourrait reproduire cette stratégie à plus grande échelle et avec l’hydrogène vert.

Action stratégique : aligner législation, fiscalité et incitations pour attirer investisseurs européens et asiatiques.

Impacts économiques et géopolitiques

  • Création de 50 000 à 70 000 emplois directs et indirects dans l’énergie et la logistique.
  • Réduction de la dépendance énergétique locale et hausse des exportations.
  • Renforcement de la position diplomatique : la Tunisie devient un acteur clé dans la transition énergétique méditerranéenne.
  • Exemple : L’UE pourrait traiter la Tunisie comme partenaire stratégique pour sa sécurité énergétique, à l’instar de la Norvège pour le gaz naturel.

Scénarios et risques

  • Risque politique : instabilité locale ou retard législatif freinerait les investissements.
  • Risque technique : le stockage d’hydrogène et les infrastructures portuaires nécessitent des normes internationales strictes.
  • Risque économique : la concurrence régionale (Maroc, Égypte) pourrait limiter la part de marché.

Le succès dépend de la capacité à aligner planification énergétique, investissements étrangers et stabilité politique.

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