Tunisie : 90 % des eaux traitées non exploitées
Tunisie : 300 millions de m³ d’eaux usées traitées chaque année… mais plus de 90 % restent inutilisés
La Tunisie affronte une pression hydrique structurelle. Sécheresse prolongée, baisse des réserves des barrages et croissance de la demande fragilisent l’approvisionnement en eau.
Pourtant, une ressource déjà disponible reste largement ignorée : les eaux usées traitées.
Selon l’expert en développement et ressources hydriques Hussein Rahili, plus de 90 % de ces volumes ne sont pas réutilisés en Tunisie.
Un paradoxe dans un pays classé parmi les régions en stress hydrique élevé.
Les chiffres montrent que la ressource existe.
Le problème se situe surtout dans la gouvernance, les infrastructures et l’organisation du système hydrique.
Une ressource hydrique importante mais peu exploitée
La Tunisie dispose d’un réseau d’assainissement relativement dense.
Chaque année, des centaines de millions de mètres cubes d’eaux usées passent par les stations d’épuration.
Données clés du système d’assainissement
| Indicateur | Niveau estimé |
|---|---|
| Stations d’épuration en Tunisie | 127 |
| Volume annuel d’eaux usées traitées | +300 millions m³ |
| Consommation domestique d’eau | 450 à 500 millions m³ |
| Part d’eaux traitées réutilisées | 5 à 7 % |
| Volume non exploité | +270 millions m³ |
Lecture rapide :
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le volume d’eaux usées traitées représente plus de la moitié de la consommation domestique du pays
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pourtant la grande majorité n’est pas réutilisée
Aujourd’hui, la réutilisation concerne surtout :
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quelques périmètres agricoles irrigués
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certains espaces verts urbains
L’échelle reste marginale.
Un retard estimé à près de 30 ans
Selon Hussein Rahili, la Tunisie accuse près de trois décennies de retard dans la valorisation des ressources hydriques non conventionnelles.
Plusieurs pays confrontés aux mêmes contraintes ont pris une trajectoire différente.
Comparaison internationale
| Pays | Réutilisation des eaux usées traitées |
|---|---|
| Tunisie | 5 à 7 % |
| Chypre | ≈ 90 % |
| Jordanie | ≈ 85 à 90 % |
Dans ces pays :
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l’eau traitée alimente directement l’agriculture
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les infrastructures de transport sont intégrées à la stratégie nationale
La Tunisie dispose pourtant du potentiel technique pour suivre cette voie.
Une gouvernance de l’eau fragmentée
L’un des obstacles majeurs reste institutionnel.
La gestion de l’eau en Tunisie est répartie entre plusieurs structures publiques.
Répartition des responsabilités
| Institution | Domaine |
|---|---|
| Ministère de l’Agriculture | ressources hydriques conventionnelles |
| ONAS | traitement et gestion des eaux usées |
| Ministère de la Santé | eaux de source et eaux minérales |
Conséquences :
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coordination limitée
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projets ralentis
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absence de stratégie hydrique intégrée
Dans plusieurs pays, une autorité unique de gestion de l’eau permet d’optimiser les décisions et les investissements.
Un problème logistique : l’eau n’est pas au bon endroit
Même lorsque l’eau est traitée, elle n’est pas forcément disponible là où elle est nécessaire.
Les stations d’épuration sont concentrées dans les zones urbaines.
Principales zones de production d’eaux traitées
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Grand Tunis
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Sahel
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grandes villes côtières
Principales zones de demande agricole
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centre du pays
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régions intérieures
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zones irriguées
La réutilisation nécessite donc :
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réseaux de transport d’eau
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stations de pompage
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infrastructures de redistribution
Sans ces investissements, l’eau traitée reste inutilisée.
Des pertes importantes dans le système hydrique
La réutilisation des eaux usées n’est qu’une partie du problème.
Le système hydrique tunisien perd aussi une quantité importante d’eau.
Principales pertes d’eau en Tunisie
| Source de perte | Niveau estimé |
|---|---|
| Réseaux d’eau potable | 20 à 25 % |
| Périmètres irrigués | 30 à 33 % |
| Évaporation dans les barrages | 600 000 à 700 000 m³ par jour |
Ces pertes représentent chaque année des centaines de millions de m³ d’eau.
La modernisation des réseaux pourrait récupérer une partie importante de ces volumes.
Un levier stratégique pour l’agriculture
La réutilisation des eaux usées traitées pourrait soutenir plusieurs activités agricoles.
Usages possibles
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irrigation des cultures fourragères
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arboriculture
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irrigation contrôlée
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recharge des nappes souterraines
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entretien des espaces verts
Pour un pays où l’agriculture consomme plus de 70 % des ressources hydriques, cette ressource peut jouer un rôle stabilisateur.
Ce que la Tunisie doit changer
Plusieurs pistes sont régulièrement évoquées par les experts.
Priorités identifiées
1. Une stratégie nationale unifiée de l’eau
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coordination entre agriculture, environnement et infrastructures
2. Investissements dans le transport de l’eau
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pipelines et réseaux entre stations d’épuration et zones agricoles
3. Modernisation des réseaux
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réduction des pertes d’eau potable
4. Incitations pour les agriculteurs
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tarification adaptée
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subventions pour l’utilisation d’eau traitée
Un potentiel hydrique ignoré par la Tunisie
La Tunisie possède déjà une ressource stratégique.
Chaque année :
plus de 300 millions de m³ d’eaux usées sont traités.
Mais :
plus de 90 % restent inutilisés.
Dans un pays confronté à un stress hydrique croissant, la valorisation de ces volumes pourrait devenir un levier majeur pour :
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sécuriser l’agriculture
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réduire la pression sur les barrages
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préserver les nappes souterraines
La technologie existe.
Les volumes sont disponibles.
Le défi est désormais politique, institutionnel et infrastructurel.