Une cible élevée, un point de départ faible
La déclaration de Yahia Kachou pose un cap clair : 50 % d’électricité issue des énergies renouvelables à moyen terme.
Le problème est simple : le système actuel est encore largement dépendant du gaz.
Aujourd’hui :
- Part des renouvelables : 5 % à 7 %
- Objectif officiel : 35 % d’ici 2030
- Dépendance énergétique : +50 % (importations)
Conclusion immédiate : atteindre 50 % ne sera pas une progression linéaire. C’est un changement d’échelle.
Un avantage naturel évident : solaire et éolien
La Tunisie n’a pas un problème de ressources. Elle a un problème d’exécution.
Sur le solaire, les chiffres parlent seuls :
- 3 000 heures d’ensoleillement par an dans le sud
- 2 000+ kWh/m²/an d’irradiation
- Coût du solaire en baisse continue
Concrètement, produire de l’électricité solaire devient déjà compétitif face au thermique.
Sur l’éolien :
- Vitesse moyenne : 6 à 8 m/s
- Zones favorables : nord et littoral
- Capacité installée : ~250 MW
Le potentiel est réel, mais encore sous-exploité.
Le verrou principal : le système électrique
Le frein n’est pas technologique. Il est structurel.
Le réseau de la STEG reste calibré pour un modèle ancien : production centralisée à base de gaz.
Résultat :
- difficulté à intégrer des sources intermittentes
- saturation locale du réseau
- délais de raccordement longs
Et surtout : une incapacité à absorber un volume massif de solaire et d’éolien.
Stockage : le point critique
Sans stockage, le modèle ne tient pas.
Le solaire produit en journée.
La consommation augmente le soir.
Aujourd’hui :
- quasi absence de batteries industrielles
- peu de projets de stockage validés
Conséquence directe :
- perte d’énergie potentielle
- instabilité du réseau
- limitation des nouvelles capacités
Réglementation et investissements : le vrai test
Atteindre 50 % dépend moins de la technologie que du cadre économique.
Les blocages actuels :
- procédures longues
- manque de visibilité pour les investisseurs
- lenteur dans les appels d’offres
Pour changer d’échelle, il faut :
- 8 à 12 milliards de dollars d’investissements
- +3 à 5 GW de capacités renouvelables
À comparer :
- capacité totale actuelle : ~6 GW
Donc il faut presque doubler le parc électrique — en version renouvelable.
Une dynamique engagée, mais encore insuffisante
Des projets existent déjà :
- centrales solaires dans le sud
- extensions éoliennes
- programmes IPP (production privée)
Mais le rythme reste lent.
- délais de mise en œuvre élevés
- dépendance aux financements internationaux
- manque de coordination globale
À ce rythme, atteindre 35 % est déjà un défi. 50 % exige une accélération nette.
Pourquoi cet objectif dépasse la question énergétique
Passer au renouvelable n’est pas une option idéologique. C’est une contrainte économique.
Impact direct :
- réduction du déficit énergétique
- baisse de la facture d’importation
- meilleure stabilité des prix
Impact stratégique :
- moins de dépendance extérieure
- meilleure résilience face aux crises énergétiques
Impact industriel :
- création d’un marché local
- développement de compétences techniques
- nouvelles chaînes de valeur
50 % est possible, mais pas dans les conditions actuelles
L’objectif est techniquement atteignable. Mais il impose une rupture dans la manière de piloter le secteur.
Trois conditions non négociables :
- accélération massive des investissements
- réforme rapide du cadre réglementaire
- modernisation du réseau + stockage
Sans ça :
→ la transition restera lente
→ la dépendance énergétique continuera
Avec ça :
→ la Tunisie peut sécuriser son énergie et gagner en compétitivité