Startup Act 2.0 : le vrai bilan des startups tunisiennes

Startup Act 2.0 : le vrai bilan des startups tunisiennes

Startup Act 2.0 : le vrai bilan des startups tunisiennes

Trois ans après sa mise en œuvre initiale et deux ans dans sa dynamique de révision, le Startup Act tunisie fait l’objet d’une double lecture : croissance du secteur et réponses aux défis persistants. Ce bilan n’est pas optimiste par principe, il analyse les données, pointe les limites et explicite les mesures introduites ou en débat pour freiner la fuite des cerveaux et attirer les talents ».

Bilan chiffré de l’écosystème après deux ans

Data Points – Startup Act (version initiale)

  • +1 000 startups labellisées en 2024, hausse nette vs objectifs initiaux ; la Tunisie vise >2 000 d’ici fin 2025 selon responsables locaux.
  • Croissance de l’ecosystem value à 241 M$, +205 % en 3 ans (2019‑2023).
  • Les secteurs les plus représentés : Healthtech, Marketplace, Software/Services, Deeptech.

Chiffres sur le financement

  • Plusieurs levées visibles en 2023, p. ex. Cynoia (≈930 k$), My Easy Transfer (≈424 k$).
  • Investissements cumulés mentionnés dans certains rapports dépassent 170 M$ depuis l’entrée en vigueur du cadre légal.

Le bilan montre une progression structurelle mais pas de traction massive du capital ni suffisante création d’emplois hautement qualifiés.

Ce qui a marché – Incitations structurantes

 Statut et avantages fiscaux

  • Exonération d’impôt sur les sociétés pour les startups labellisées.
  • Compte spécial en devises : capital, chiffre d’affaires et dividendes alimentent librement un compte à l’étranger pour opérations internationales.
  • Carte technologique : plafond 100 000 TND/an pour transactions de technologie/imports.
  • Statut d’opérateur économique agréé facilitant les échanges et procédures douanières.

 Allègements pour les fondateurs

  • Possibilité de congés pour création de startup protégé (1 an renouvelable).
  • Indemnités personnelles (stock grants) pour co‑fondateurs couvrant coûts de subsistance (jusqu’à 5 000 TND/mois).

Ces mesures ont réduit l’entrée au risque entrepreneurial, allégé les coûts administratifs et encouragé la structuration d’entreprises innovantes.

 Limites persistantes identifiées (terrain)

Financement

  • Fonds dédiés démarrent mais restent insuffisants pour les phases de croissance (Series A/B).
  • L’Anava Fund of Funds tarde à atteindre son plein effet sur le financement local.

Opérationalisation

  • Plusieurs dispositifs (ex : carte technologique, compte devises) fonctionnent mal ou sont mal implémentés dans le système bancaire.
  • Processus administratif lent, manque de clarté dans l’application des avantages.

Talent & marché

  • Peu de mesures directes et efficaces pour retenir les talents seniors ou très qualifiés.
  • L’accès aux marchés publics reste limité, freinant les opportunités de volume pour les startups.

En clair, beaucoup d’incitations existent, mais l’écosystème souffre d’exécution, de crédibilité capitalistique et d’attractivité pour les talents seniors.

 Startup Act 2.0 – Nouvel apport visé pour retenir les talents

La version 2.0 (souvent appelée Innovation Act dans les débats) introduit ou propose plusieurs leviers orientés vers la rétention des cerveaux et la compétitivité globale.

 Incitations spécifiques à la rétention des talents

  • Paiement partiel de salaires en devises étrangères pour rendre les packages compétitifs face aux offres à l’étranger.
  • Stock‑options et plans d’intéressement pour fondateurs et talents clés, incluant participations dans les filiales étrangères.
  • Formes juridiques adaptées (ex : SAS) pour flexibiliser la gouvernance et attirer les profils internationaux.

 Autres mesures proposées

  • Fonds spécialisés et simplification des conditions d’investissement pour encourager les fonds de capital‑risque locaux et internationaux.
  • Simplification des procédures, réduction des freins réglementaires aux phases de scale‑up.

Les nouvelles mesures ciblent le coût‑opportunité qu’un talent qualifié a à travailler en Tunisie vs ailleurs.

Ce qui reste à faire

L’écosystème Tunisien a avancé sur la structuration et l’accès aux avantages légaux, mais le chemin pour freiner massivement la fuite des cerveaux reste long.

Chantiers restants immédiats :

  • Renforcer les mécanismes de rémunération en devises à l’échelle du marché.
  • Faire du capital‑risque structuré un réel moteur de financement (au‑delà du seed).
  • Intégrer les talents seniors et internationaux dans des parcours de leadership local.
  • Faire fonctionner les dispositifs en pratique (banques, comptes, paiements internationaux).

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