Chkarty : Teycyr Chtioui transforme le textile recyclé en succès social

Chkarty : Teycyr Chtioui transforme le textile recyclé en succès social

Chkarty : Teycyr Chtioui transforme le textile recyclé en succès social

Ouverture immersive

C’était au cœur de l’année 2020, alors que le monde entier s’arrêtait sous l’effet de la pandémie de Covid-19.

Teycyr Chtioui, fraîchement diplômée de l’ESSTED et jeune assistante photographe dans une société de production cinématographique, se voyait brutalement confrontée à la réalité : son poste était supprimé sans compensation.

L’avenir immédiat était incertain, les économies personnelles limitées, et le marché de l’emploi quasi gelé. Pour beaucoup, ce serait un moment de paralysie. Pour elle, ce fut un déclencheur : elle devait non seulement retrouver un revenu, mais aussi donner un sens à sa prochaine étape professionnelle.

Origines et mentalité

Teycyr Chtioui a grandi dans un environnement où le travail manuel et la créativité étaient valorisés. Sa mère, couturière à domicile, lui a transmis la rigueur et la minutie nécessaires pour transformer un simple morceau de tissu en objet utile et esthétique.

L’éducation reçue à l’ESSTED lui a donné un cadre analytique et des méthodes de gestion de projet, mais c’est la combinaison de cette formation et de l’influence familiale qui lui a permis de transformer un obstacle en opportunité. Son état d’esprit mêlait curiosité, résilience et pragmatisme : elle n’attendait pas les solutions, elle les créait.

Le moment de rupture

Pendant le confinement, Teycyr s’est plongée dans l’étude des enjeux de l’industrie textile. Elle a découvert que près de 92 millions de tonnes de tissus industriels étaient gaspillées chaque année dans le monde. Ce constat n’était pas seulement statistique : il représentait une problématique concrète que la jeune entrepreneure pouvait tenter de résoudre localement.

C’est ainsi qu’est née Chkarty, en 2021 : réutiliser les chutes de tissu pour fabriquer des sacs et accessoires, donnant une seconde vie à des matériaux autrement voués à la destruction.

Le lancement a commencé modestement depuis la maison familiale, avec sa mère à la machine à coudre. Les premières créations étaient des sacs pour le shopping, mais Teycyr documentait chaque étape de sa progression sur les réseaux sociaux, partageant les doutes, les tâtonnements et les premières ventes.

Ce n’était pas qu’un projet commercial, c’était une narration authentique de ses efforts et de sa vision.

Chiffres clés intégrés naturellement

Le projet a rapidement pris de l’ampleur. Le partage sur les plateformes numériques a généré des demandes dépassant ce que le cadre familial pouvait traiter. Chkarty a dû passer à l’échelle : la jeune équipe a distribué les tâches de couture à d’autres artisanes locales, qui, après seulement deux semaines de travail, réalisaient un revenu équivalent à ce qu’elles gagnaient en six mois dans les usines.

Ce modèle a transformé la micro-économie domestique de plusieurs foyers, tout en traitant plus de 10 tonnes de textile auparavant inutilisé.

Obstacles et échecs

Le parcours n’a pas été linéaire. Teycyr a affronté les défis classiques de la jeune entrepreneure : gérer la logistique d’une production décentralisée, convaincre des clients B2B internationaux de la qualité de ses produits, et maintenir la cohérence esthétique et technique d’un travail artisanal tout en augmentant la production.

Les critiques sur le choix de matériaux « recyclés » et la nécessité de prouver la durabilité de ses sacs ont constitué autant de pressions qui auraient pu freiner le développement.

Leadership et vision personnelle

Face à ces défis, Teycyr a pris des décisions marquées par le pragmatisme et la collaboration. Elle a intégré Wael Hammadi, designer partageant sa vision, pour structurer l’entreprise.

Ensemble, ils ont ouvert un atelier central capable de découper et répartir les tissus à grande échelle, transformant un processus artisanal en système coordonné. Sa manière de diriger repose sur l’observation, l’adaptation et le respect du savoir-faire artisanal : chaque décision vise à concilier qualité, impact social et viabilité économique.

Impact réel en Tunisie

Chkarty n’est plus seulement un projet personnel. La marque est aujourd’hui reconnue par des entreprises mondiales soucieuses de responsabilité sociale et environnementale, comme PULXEE, et collabore avec des organisations telles que GIZ, l’UNESCO ou le WWF, ainsi qu’avec le ministère tunisien de l’Environnement.

Elle propose plus de 116 produits, allant des sacs d’ordinateur aux sacs de voyage, et participe à des salons internationaux en Suède, au Royaume-Uni et en France, où ses créations suscitent un intérêt marqué.

Derrière ces chiffres, l’impact humain est tangible : l’entreprise a permis à des dizaines de femmes de retrouver un emploi rémunérateur et valorisant.

Perspective entrepreneuriale

Le parcours de Teycyr révèle plusieurs réalités du climat entrepreneurial tunisien contemporain. D’abord, il souligne l’importance d’initiatives issues d’impulsions individuelles face aux crises : un licenciement peut se transformer en catalyseur d’innovation.

Ensuite, il montre que l’entrepreneuriat social peut s’appuyer sur des ressources locales et du savoir-faire domestique pour créer une valeur économique et sociale significative.

Enfin, il illustre la capacité des jeunes entreprises tunisiennes à se connecter à des marchés internationaux et à répondre à des problématiques globales, tout en conservant une identité et un impact locaux.

Chkarty n’est pas seulement une marque de mode : c’est un exemple de résilience, de vision et d’engagement concret, démontrant que l’innovation et la responsabilité sociale peuvent avancer main dans la main dans le paysage entrepreneurial tunisien.

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