Crises mondiales : le gouverneur de la BCT alerte sur une « asymétrie » qui frappe les économies vulnérables
Le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie tire la sonnette d’alarme sur un monde entré dans « un régime de crises permanentes »
WASHINGTON, réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale – L’économie mondiale a basculé dans une ère inédite : celle des crises en chaîne, où l’incertitude n’est plus l’exception mais la norme. C’est le constat sévère dressé par M. Fethi Zouhaier Nouri, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), en marge des travaux des institutions de Bretton Woods.
Face à des chocs énergétiques, financiers et géopolitiques qui se succèdent et s’entremêlent, le responsable tunisien a plaidé pour une réponse internationale « coordonnée et plus réactive », sans laquelle les pays les plus fragiles risquent de se trouver durablement asphyxiés.
Un diagnostic mondial partagé, mais des impacts très inégaux
« Malgré un diagnostic global partagé, l’impact des chocs reste profondément asymétrique », a souligné M. Nouri.
Selon lui, les économies vulnérables subissent de plein fouet la triple pression : inflation galopante, érosion des réserves de change et dépréciations monétaires. Là où les nations développées disposent de marges de manœuvre, les pays émergents et en développement voient leurs politiques neutralisées par la violence des chocs exogènes.
La Tunisie, un cas de résilience sous contrainte
Le gouverneur a rappelé que la Tunisie, bien que durement touchée par une succession de crises (sanitaire, énergétique, sécuritaire), a su faire preuve de résilience. « Grâce aux différentes mesures prises à temps », l’économie tunisienne a tenu, même si les marges de manœuvre nationales s’amenuisent dangereusement.
Cinq priorités pour une gouvernance mondiale plus équitable
Face à ce constat, M. Fethi Zouhaier Nouri a formulé plusieurs recommandations concrètes à destination du FMI et de la communauté internationale.
1. Des mécanismes de stabilisation rapide
Il a appelé à la création de dispositifs permettant d’assister immédiatement les économies les plus exposées, sans les lourdeurs procédurales habituelles.
2. Un FMI plus offensif sur l’anticipation et la prévention
Le gouverneur souhaite un renforcement du rôle du Fonds monétaire international, notamment en matière de veille proactive, de prévention des crises et de limitation des effets de contagion.
3. Intégrer les facteurs géopolitiques et logistiques dans l’analyse macro-financière
Les modèles traditionnels sont dépassés. M. Nouri recommande d’incorporer systématiquement les variables géopolitiques, énergétiques et logistiques dans les études de vulnérabilité.
4. Un « cadre plus équitable » pour les économies vulnérables
Enfin, le gouverneur a insisté sur un point essentiel : les pays fragiles ne demandent aucun traitement d’exception. « Ils demandent un cadre plus équitable », leur permettant de disposer du temps et de l’espace nécessaires pour absorber les chocs tout en poursuivant leurs réformes structurelles.
Conclusion – un appel à ne pas laisser les fragiles seuls face à la tempête
En marge des Réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, l’intervention du gouverneur de la BCT résonne comme un avertissement : sans solidarité internationale active et sans réforme des mécanismes d’aide, l’asymétrie des chocs pourrait creuser durablement le fossé entre économies riches et économies vulnérables.
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