Tunisie : un projet à 2 millions d’euros pour protéger les herbiers de posidonie et développer le carbone bleu
Tunis, le 23 mars 2026 – Un nouveau projet d’envergure voit le jour en Tunisie pour protéger l’un des écosystèmes les plus précieux de la Méditerranée : les herbiers de posidonie. Doté de 2 millions d’euros, dont 1 million apporté par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), le projet PENELOPE ambitionne de conjuguer préservation de la biodiversité, développement de filières d’économie bleue et émergence d’un marché du carbone bleu dans le pays.
Initié par le WWF France et mis en œuvre avec ses partenaires locaux et internationaux, ce projet s’inscrit dans une dynamique de coopération environnementale franco-tunisienne. Il marque également une nouvelle étape dans le partenariat de long terme entre le FFEM et le WWF, qui ont déjà soutenu une vingtaine de projets innovants en faveur de la biodiversité à travers le monde.
Un puits de carbone naturel essentiel pour la Méditerranée
Les herbiers marins, et en particulier la posidonie, figurent parmi les écosystèmes les plus efficaces pour capter et stocker le carbone. S’ils ne couvrent que 0,2 % des fonds océaniques, ils concentrent près de 10 % du carbone stocké dans les sédiments marins, parfois pendant des siècles. Au-delà de leur rôle dans la régulation climatique, ces herbiers protègent les littoraux contre l’érosion et constituent des habitats essentiels pour de nombreuses espèces.
Une connaissance encore fragmentée et une protection insuffisante
Pourtant, en Tunisie, l’état de ces écosystèmes reste mal connu. Les données scientifiques sont parcellaires et leur cadre juridique de protection demeure lacunaire. Or, ces milieux subissent des pressions croissantes – pollutions, ancrages, pratiques de pêche non durables – aggravées par les effets du changement climatique.
Une approche intégrée pour protéger et valoriser les herbiers
Le projet PENELOPE est porté par un consortium d’acteurs : le WWF France, le WWF Afrique du Nord, BlueSeeds et l’Office français de la biodiversité (OFB). Il bénéficie du soutien du ministère français de la Transition écologique ainsi que du cofinancement de l’Agence française de développement (AFD) et de la Fondation Hans Wilsdorf.
Quatre axes d’intervention complémentaires
L’action se structure autour de quatre priorités :
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Améliorer la connaissance : cartographier les herbiers et identifier les pressions qui les affectent.
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Renforcer la conservation : réduire les impacts de la pêche et expérimenter des mécanismes de financement par le carbone bleu.
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Consolider le cadre juridique : intégrer la protection de la posidonie dans les politiques nationales climat-énergie.
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Mobiliser le public : sensibiliser aux services écologiques rendus par ces herbiers marins.
Des actions concrètes sur le terrain
Parmi les mesures phares figurent la création de zones de non-prélèvement volontaires gérées par les pêcheurs eux-mêmes, la mise en place d’un réseau national de surveillance des herbiers, ainsi que l’évaluation des stocks de carbone sur plusieurs sites pilotes.
Un projet exemplaire au service du carbone bleu
Le FFEM soutient PENELOPE pour son caractère innovant et sa capacité à faire modèle. En associant étroitement la communauté des pêcheurs à la gestion durable, en introduisant des mécanismes de financement mixtes (fonds de transition, micro-entreprises bleues) et en ouvrant la voie aux crédits de carbone bleu, le projet entend démontrer qu’il est possible de concilier écologie et développement économique.
S’inscrire dans une dynamique régionale
PENELOPE s’inscrit dans la continuité de la Facilité Carbone Bleu portée par l’AFD, un dispositif dédié au financement de la protection et de la restauration des écosystèmes côtiers à fort potentiel de séquestration. Il illustre par ailleurs la coopération environnementale entre la France et la Tunisie pour préserver les écosystèmes marins méditerranéens tout en renforçant l’action climatique.
Des résultats attendus d’ici 2029
Le projet vise une série de livrables concrets à l’horizon 2029 :
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Une cartographie actualisée des herbiers de posidonie et des pressions qui les affectent ;
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La mise en place d’un réseau national de surveillance pérenne ;
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Des mesures de gestion durable de la pêche, bénéfiques pour la résilience des communautés côtières ;
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L’évaluation des stocks de carbone et la création d’un premier fonds carbone dédié en Tunisie ;
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La préparation d’un projet de loi pour la protection de la posidonie ;
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Une large sensibilisation du public, notamment via une exposition à la Cité des sciences et de l’industrie ;
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La diffusion des enseignements à l’échelle régionale grâce au Mediterranean Posidonia Network.
Un modèle appelé à essaimer en Méditerranée
En alliant conservation de la biodiversité, développement du carbone bleu, implication des pêcheurs et création de micro-entreprises liées à l’économie bleue, PENELOPE entend proposer un modèle reproductible dans d’autres pays méditerranéens.
Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France : « Avec le projet PENELOPE, le WWF France et ses partenaires sur les deux rives de la Méditerranée démontrent qu’il est possible d’allier excellence scientifique, innovation technologique et engagement des acteurs locaux pour protéger durablement la posidonie. Nous sommes très reconnaissants du soutien du FFEM, de l’AFD et de la Fondation Hans Wilsdorf. Leur engagement démontre combien les partenariats entre financement public, philanthropie privée et expertise scientifique sont essentiels pour faire émerger des solutions innovantes, écologiquement et économiquement durables, pour la biodiversité. »
Stéphanie Bouziges-Eschmann, secrétaire générale du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) : « Les herbiers de posidonies sont l’un des alliés les plus précieux, mais également les plus méconnus, de la Méditerranée face au changement climatique. En protégeant ces écosystèmes, nous agissons à la fois pour la biodiversité, le climat et les communautés côtières. »