Tabagisme au Maghreb : vers une stratégie régionale incluant les alternatives nicotiniques

Tabagisme au Maghreb : vers une stratégie régionale incluant les alternatives nicotiniques

Tabagisme au Maghreb : vers une stratégie régionale incluant les alternatives nicotiniques

Selon les chiffres présentés lors de la conférence, le tabac tue chaque année 8 millions de personnes dans le monde, dont 80 % dans les pays en développement. Au Maghreb, la situation est préoccupante, en particulier en Algérie où 25 % des élèves âgés de 11 à 19 ans consomment déjà du tabac, parfois avant l’âge de 10 ans. Dans l’enseignement supérieur algérien, 9 % des étudiants fument, et le taux monte à 18 % chez les professionnels de santé – un signal d’alarme pour les systèmes de soins.

« Plus de 95 % des fumeurs reconnaissent la dangerosité du tabac, mais la majorité n’a pas accès à des outils concrets pour arrêter. Le problème n’est pas la conscience du risque, c’est l’absence de solutions accessibles. » – Hassen Hameli, modérateur de la conférence.


Les alternatives nicotiniques, un levier scientifiquement documenté

Une toxicité réduite, mais pas nulle

Les experts s’appuient sur des études internationales : la cigarette électronique présenterait un risque inférieur d’environ 90 % à celui de la cigarette classique, et certains dispositifs sans combustion produiraient jusqu’à 500 fois moins de toxines. Le Dr Habib Jaafoura a toutefois insisté : ces produits restent nocifs et ne doivent pas être considérés comme sans risque. L’arrêt complet du tabac et de la nicotine demeure l’objectif prioritaire en santé publique.

Un bénéfice concret pour les patients cardiaques

Le Dr Dhaker Lahidheb a illustré l’intérêt de la réduction des risques par un cas clinique :

« Après la pose d’un stent ou une intervention cardiaque, le patient qui continue de fumer des cigarettes classiques peine à retrouver une activité physique. En passant à la cigarette électronique, il peut recommencer à monter les escaliers, faire ses courses, reprendre une vie active. »

Cette approche, appelée réduction des risques, reconnaît la réalité des fumeurs dépendants et leur offre un chemin progressif, sans jugement.


Trois piliers pour une politique anti-tabac efficace

Les spécialistes insistent sur une distinction claire, souvent ignorée dans les politiques publiques :

  • Prévention primaire : empêcher l’entrée dans le tabagisme, priorité absolue chez les enfants et adolescents.

  • Sevrage tabagique : accompagner vers l’arrêt complet avec des structures et outils adaptés.

  • Réduction des risques : proposer aux fumeurs qui ne peuvent pas encore arrêter des alternatives moins nocives (cigarette électronique, tabac chauffé, snus), dans un cadre transitoire et encadré.

Ces trois axes sont complémentaires. Les confondre ou en privilégier un seul affaiblit la lutte anti-tabac.


Ce que les succès internationaux enseignent au Maghreb

Trois modèles ont été cités comme sources d’inspiration :

  • Suède : premier pays d’Europe à devenir « sans tabac » (moins de 5 % de fumeurs quotidiens) grâce à une combinaison de prévention stricte, de régulation et de réduction des risques (snus, e-cigarette).

  • Japon : baisse significative du tabac combustible après l’introduction massive du tabac chauffé en 2014.

  • Royaume-Uni : intégration de la cigarette électronique comme outil de sevrage encadré, associée à l’interdiction de vente aux personnes nées après 2008.

Ces exemples prouvent qu’une réduction durable du tabagisme est possible, à condition d’adopter une réglementation claire et cohérente.


Un appel à l’harmonisation régionale (Tunisie, Algérie, Libye)

La conférence s’est conclue par une recommandation forte : coordonner les politiques fiscales, sanitaires et éducatives entre les trois pays. Aujourd’hui, les écarts de fiscalité alimentent la contrebande et réduisent l’efficacité des actions nationales.

Les experts proposent :

  • Une harmonisation des taxes sur les produits du tabac et les alternatives

  • Des campagnes de prévention unifiées

  • Le partage des dispositifs de sevrage et des bonnes pratiques

Investir dans la prévention est aussi un choix économique rationnel : chaque dollar investi permet d’économiser jusqu’à 100 dollars en prise en charge des maladies cardiovasculaires et respiratoires.

« Il n’existe pas de cigarette sans danger. Mais certains produits génèrent bien moins de toxines. Accepter cette réalité, c’est donner aux fumeurs un outil concret pour progresser vers l’arrêt et c’est sauver des vies. »

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