Tunisie : géant solaire endormi – pourquoi le pays rate le virage des énergies renouvelables

Tunisie : géant solaire endormi – pourquoi le pays rate le virage des énergies renouvelables

Tunisie : géant solaire endormi – pourquoi le pays rate le virage des énergies renouvelables

Le paradoxe tunisien

La Tunisie a l’un des meilleurs gisements solaires du bassin méditerranéen.
Pourtant, sa montée en puissance reste lente, fragmentée et sous-dimensionnée face aux enjeux énergétiques, budgétaires et industriels.

Le problème n’est pas le soleil.
Le problème, c’est la vitesse d’exécution, la gouvernance et la capacité d’investissement.

Un potentiel solaire parmi les plus élevés de la Méditerranée

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : ensoleillement et irradiation

  • > 3 000 heures d’ensoleillement/an sur la majorité du territoire
  • Jusqu’à 3 400 h/an dans le Golfe de Gabès
  • Irradiation solaire :
    • Nord : ~1 800 kWh/m²/an
    • Sud : ~2 600 kWh/m²/an
  • Des conditions idéales pour une électricité compétitive
    • 1 450 à 1 830 kWh/kWp/an selon les régions

👉 Conditions naturelles idéales pour produire une électricité solaire très compétitive.

Où en est réellement la Tunisie dans le solaire ?

Capacité installée : un retard mesuré (IRENA, 506 MW fin 2023)

  • Capacité solaire totale fin 2023 : ~506 MW
  • Soit une fraction minime du mix électrique national

Projets récents : 500 MW approuvés mais mise en service lente (2027)

  • ~500 MW validés dans de nouveaux projets (Gafsa, Sidi Bouzid, Gabès)
  • Mise en service attendue à partir de 2027
  • Production estimée : ~1 100 GWh/an
  • Économie prévue : ~250 000 tonnes de gaz naturel/an
  • Coût compétitif : ~0,031 $/kWh

👉 Progrès réel, mais rythme encore lent face aux besoins.

Objectifs officiels vs. réalité du terrain (35% EnR en 2030, Banque mondiale)

  • 35 % d’énergies renouvelables dans la capacité électrique d’ici 2030
  • 50 % de la consommation électrique d’ici 2035
  • 100 % d’électricité renouvelable d’ici 2050

Besoins estimés

  • ~2,8 GW solaires & éoliens supplémentaires d’ici 2028
  • ~2,8 milliards $ d’investissements privés ciblés
  • +30 000 emplois attendus dans la filière

À ce stade, la Tunisie est en retard sur sa trajectoire.

Pourquoi la Tunisie avance trop lentement

1️Gouvernance et lourdeurs administratives

  • Délais longs pour permis, raccordement, PPA
  • Multiplication des acteurs sans coordination fluide
  • Processus d’appel d’offres étalés sur plusieurs années

2️Fragilité financière de la STEG

  • Taux de recouvrement des coûts : ~60 %
  • Subventions publiques lourdes
  • Faible capacité à absorber rapidement de nouveaux projets

Objectif Banque mondiale : 80 % de recouvrement

3️Dépendance persistante au gaz

  • Importations coûteuses
  • Vulnérabilité aux chocs externes
  • Retard dans la substitution par le solaire

4️Chaîne industrielle locale limitée

  • Peu de fabrication locale (panneaux, onduleurs, stockage)
  • Faible transfert technologique
  • Création de valeur industrielle encore marginale

5️Retard dans le stockage et la flexibilité du réseau

  • Faible intégration des batteries
  • Réseau encore peu optimisé pour forte part d’intermittent
  • Risque de plafonnement du solaire sans modernisation réseau

Le solaire peut pourtant réduire la facture énergétique nationale

Gains potentiels mesurables

  • Réduction des importations de gaz
  • Baisse des subventions énergétiques
  • Diminution du coût moyen du kWh
  • Amélioration de la sécurité énergétique
  • Opportunités d’export (interconnexion Italie — ELMED)

Le vrai enjeu : passer d’annonces à une exécution industrielle

La Tunisie n’a pas besoin de nouveaux slogans.
Elle a besoin de :

  • Un pipeline annuel stable de projets solaires
  • Des délais contractuels compressés
  • Un réseau modernisé
  • Un cadre clair pour l’investissement privé
  • Une stratégie industrielle locale crédible

Le soleil est déjà là.
Ce qui manque, c’est la cadence.

Retard stratégique ou opportunité rattrapable ?

La Tunisie peut encore devenir un pôle solaire régional.
Mais chaque année de lenteur coûte des devises, de l’indépendance énergétique et des emplois.
La Tunisie veut-elle être un producteur d’énergie solaire… ou rester un pays qui regarde son potentiel inexploité ?

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