Tunisie : faut-il lancer une bourse des matières premières ?

Tunisie : faut-il lancer une bourse des matières premières ?

Tunisie : faut-il lancer une bourse des matières premières ?

Les marchés mondiaux des matières premières agricoles structurent la fixation des prix, l’accès au financement et la transparence des échanges. Aujourd’hui, la Tunisie exporte massivement huile d’olive et dattes, mais reste dépendante des circuits traditionnels non standardisés. Une plateforme de négociation structurée — une bourse de matières premières — peut corriger ces handicaps. Analyse directe et sans fioritures.

Contexte global : Bourses de matières premières

Fonction de marché : Une bourse de matières premières est une infrastructure centralisée où acheteurs et vendeurs se rencontrent avec des standards de qualité, des règles de négoce claires et une fixation publique des prix. Elle supporte à la fois le marché au comptant et les contrats à terme (futures), réduisant ainsi l’incertitude de prix pour les producteurs et acheteurs.

Exemple récent en Afrique : La Côte d’Ivoire a inauguré en 2025 une bourse agricole listant des produits comme la noix de cajou et le maïs, avec un mécanisme de titres de propriété pour faciliter la vente en bourse et stabiliser les prix.

Données clés sur la filière tunisienne

Huile d’olive – performances & défis

  • Part du marché mondial : 10 % des exportations mondiales (4ᵉ rang).
  • Exportations saison 2023‑24 : ~181 252 tonnes, valeur ~4,8 milliards TND (+62 %).
  • Prix moyen à l’export : ~26 508 TND/tonne pour vrac, ~28 899 TND/tonne pour conditionné.
  • Problème structurel : La majorité part en vrac, générant moins de valeur comparée à l’huile conditionnée ou transformée en amont.
  • Volatilité : Fortes fluctuations des prix dans le passé récent, parfois avec baisse des recettes malgré hausse des volumes.

Dattes – exportations robustes

  • Exportations saison 2023‑24 : ~111 000 tonnes valeurs ~716 M TND, dont progression en volume.

Pourquoi une bourse tunisienne est pertinente

1) Transparence des prix et signal de marché

  • Actuellement, les prix se fixent hors plateforme structurée, souvent opaque et dépendants d’acheteurs intermédiaires.
  • Une bourse impose des cotations visibles, réduisant l’asymétrie d’information entre producteurs et acheteurs.

Conséquence directe : Limiter les chutes de prix injustifiées et améliorer la prévisibilité des revenus des agriculteurs.

2) Accès au financement pour les agriculteurs

  • Sur une bourse, les stocks peuvent être déposés dans des entrepôts agréés contre des titres de propriété (warehouse receipts).
  • Ces titres servent de collatéral pour obtenir des financements (crédits bancaires, leasing).

Impact : Liquidité accrue pour financer intrants agricoles et post‑récolte.

3) Standardisation et qualité

  • Une bourse impose des normes de qualité définies pour chaque produit.
  • Cela sécurise les acheteurs internationaux et peut faciliter l’accès à de nouveaux marchés.

Résultat : Hausse potentielle des prix de vente pour des produits certifiés.

4) Stabilisation des revenus

  • Les marchés structurés incorporent des outils comme les contrats à terme pour gérer les risques de prix.
  • Cela protège contre les chutes de prix liées à des récoltes exceptionnelles ou des crises conjoncturelles.

5) Gains directs pour l’économie

  • Moins de dépendance aux circuits non‑structurés = moins de marge captée par des intermédiaires.
  • Potentiel d’augmenter la valeur ajoutée nationale (conditionnement, transformation).

Obstacles à anticiper

  • Réglementation : Nécessite un cadre légal clair (Bourse + règles de négociation + surveillance).
  • Infrastructures : Entrepôts agréés, systèmes de logistique et de certification indispensables.
  • Participation des petits producteurs : Formation & organisation (coopératives) pour éviter qu’ils restent hors marché.

Notes pour les décideurs tunisiens

  • Un projet de bourse des matières premières a été évoqué par la Bourse de Tunis pour négocier huile d’olive et dattes, mais l’absence d’un cadre réglementaire bloque son démarrage.
  • L’intégration de contrats standardisés pour l’huile d’olive et les dattes peut attirer investisseurs institutionnels et traders internationaux.

La Tunisie dispose d’atouts structurels (production importante d’huile d’olive et de dattes, présence sur les marchés internationaux). Pourtant, les agriculteurs restent vulnérables aux variations de prix et aux circuits opaques. Lancer une bourse de matières premières tunisienne est une initiative pragmatique pour stabiliser les revenus, attirer des capitaux, améliorer la transparence des prix et renforcer l’intégration aux chaînes de valeur mondiales.

Quelle stratégie prioritaire faut‑il adopter d’abord — standardiser les certifications de qualité ou construire l’infrastructure d’entrepôts ?

Maher BA

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