Tunisie 2030 : 50 000 voitures électriques face au pouvoir d’achat

Ambition vs réalité

La Tunisie veut accélérer sa transition énergétique avec 50 000 voitures électriques sur ses routes d’ici 2030 et 5 000 points de recharge à l’échelle nationale. La Loi de finances 2026 prévoit des exonérations fiscales inédites ainsi que des aides directes.

Mais la question demeure : ces mesures rendent-elles les véhicules électriques réellement accessibles à la classe moyenne tunisienne ?

Objectifs stratégiques et incitations financières

Selon l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME) :

  • Objectif 2030 : 50 000 véhicules électriques en circulation
  • Installation prévue : 5 000 bornes de recharge
  • Dispositifs financiers inclus dans la Loi de finances 2026 :
    • Exonération totale des droits de douane et de la taxe de consommation
    • TVA réduite de 19 % à 7 %
    • Frais d’immatriculation et vignette réduits de 50 %
    • Prime de 10 000 dinars pour les entreprises, les institutions publiques et certains professionnels
    • Prise en charge partielle des intérêts bancaires afin de faciliter le financement

Ces mesures visent à stimuler l’adoption des voitures électriques par les ménages et les professionnels.

Prix du marché et pouvoir d’achat réel

Malgré les incitations :

  • Voitures hybrides les moins chères : 77 000 dinars (MG 3 Hybrid+, DFSK E5 PHEV)
  • Modèles intermédiaires : entre 100 000 et 150 000 dinars
  • Haut de gamme : jusqu’à 190 000 dinars

Comparaison avec le revenu moyen tunisien

  • Revenu mensuel moyen de la classe moyenne : 1 500 à 2 500 dinars
  • Revenu annuel moyen : 18 000 à 30 000 dinars

Implication directe : acheter un véhicule à 77 000 dinars équivaut à trois à quatre années de salaire, sans tenir compte des dépenses courantes.

Avec un crédit bancaire sur sept ans couvrant 80 % du prix du véhicule, la mensualité s’élèverait à environ 1 000 dinars, soit 40 à 60 % du revenu mensuel.

Conclusion : même avec les aides, l’accessibilité pour la majorité des Tunisiens reste limitée.

Analyse : qui bénéficie réellement ?

Les véhicules électriques et hybrides restent principalement accessibles :

  • Aux cadres supérieurs
  • Aux chefs d’entreprise
  • Aux catégories à revenus élevés

La classe moyenne demeure largement exclue financièrement, malgré les incitations.

Le défi est donc autant social qu’environnemental. La réussite dépendra de la capacité réelle des ménages à intégrer ce type d’achat dans leur budget.

Perspective et enjeux

La transition énergétique ne se mesure pas uniquement au nombre de bornes installées ou au volume des exonérations fiscales.

L’adoption réelle dépendra :

  • D’une baisse significative des prix du marché
  • D’un pouvoir d’achat effectif plus solide
  • D’une stratégie industrielle locale capable de réduire les coûts

La Tunisie devra combiner incitations fiscales, financements réellement accessibles et développement industriel pour rendre la mobilité électrique crédible à grande échelle.