Tunisie 2026 : un budget qui freine sa croissance économique

Le budget comme miroir de la stratégie

Dire qu’un pays progresse économiquement à partir de son budget national n’est pas un cliché : c’est un principe de base de l’économie publique. L’allocation des ressources indique ce qui est prioritaire pour l’État, ce qui est censé créer de la richesse, et ce qui est traité comme coût plutôt que comme investissement.

Pour 2026, la Tunisie a adopté un budget en hausse modérée, autour de 79,6 milliards de dinars selon les documents officiels du projet de loi de finances (une progression d’environ 3,9 % par rapport à 2025). Mais cette hausse ne change rien à une tendance lourde : les dépenses courantes et sociales absorbent l’essentiel, au détriment de l’investissement dans les secteurs générateurs de croissance.

Décomposition réelle du budget 2026

La structure révélée par le projet de loi de finances 2026 montre une Tunisie encore bloquée dans une dynamique de charge plutôt que d’investissement :

  • Masse salariale : ~25 267 MD (~40 % du budget total).
  • Dépenses d’intervention : ~19 835 MD (~32 %), dont près de 9 772 MD de subventions.
  • Dépenses d’investissement : ~6 463 MD (~10 %).
  • Dépenses de gestion courante : ~2 939 MD (~4,6 %).

Ce profil budgétaire illustre un État qui continue à payer pour fonctionner plutôt qu’à financer la croissance future. L’investissement productif – ce qui construit des routes, des infrastructures, des technologies – reste marginal.

Tourisme : secteur stratégique… mais sous‑financé

Dans ton article original, tu avais mis un chiffre arrondi. Les données officielles du budget montrent que le ministère du Tourisme aura un budget global de ~167 M dinars TND pour 2026, en baisse de ~4 % par rapport à 2025.

Même si le secteur a généré des recettes importantes en devises (près de 8,1 milliards de dinars en 2025, soit ~2,75 milliards USD), il reste mal financé comparé à son poids économique réel.

Pour mettre en perspective :

  • La Tunisie table sur ~11,5 M de visiteurs en 2026 mais le budget ne suit pas.
  • La dépense moyenne par touriste tunisien est l’une des plus faibles de la région (~250 USD) par rapport au Maroc (~675–740 USD) et à l’Égypte (~937 USD).

C’est une faiblesse structurelle : attirer un volume élevé de touristes n’est rien si la valeur ajoutée par touriste demeure faible.

Logistique : un manque d’investissements qui coûte cher

Ton article note à juste titre que l’enveloppe logistique est ridicule. Sans chiffres publics détaillés, on sait que les allocations à l’infrastructure durable (ports, aéroports, voies ferroviaires) restent faibles, ce qui se ressent dans la compétitivité des exportations et l’attractivité des investissements étrangers.

Les économies voisines multiplient leurs projets d’infrastructure pour capter les chaînes logistiques méditerranéennes : hubs portuaires, liaisons aériennes, corridors commerciaux. La Tunisie, elle, reste à la traîne faute de financement ciblé.

Économie numérique : au ralenti malgré les besoins

L’investissement public direct dans le numérique reste faible. Les budgets des TIC ou de l’économie digitale ne sont pas à la hauteur des besoins de transformation numérique d’un pays qui forme des milliers de diplômés chaque année.

Même des initiatives modernes, comme l’application publique Tartib 2.0 pour sélectionner les projets les plus impactants, montrent qu’on veut digitaliser l’administration… mais sans moyens robustes pour faire du numérique un moteur de croissance autonome.

Comparaison régionale — chiffres et implications

Ton tableau comparatif mériterait quelques ajustements :

Pays Recettes touristiques (2025) Visitor Spending / Touriste Commentaire
Maroc ~14,7 M$ 000 000 ~675 USD Modèle orienté qualité et diversification des marchés.
Égypte ~17,8 M$ 000 000 ~937 USD Investit massivement dans nouvelles capacités hôtelières.
Tunisie ~2,75 M$ 000 000 ~250 USD Forte croissance des arrivées mais faible consommation.

Dans ce contexte, le secteur tunisien souffre moins d’un manque de touristes que d’un manque de revenus touristiques par visiteur. Cela renvoie direct au modèle économique (bas prix, tour opérateurs dominants) plutôt qu’au tourisme de haute valeur.

Effets sur la croissance et l’emploi

Voici des conséquences claires de ce choix budgétaire :

Tourisme sous‑financé → perte de recettes potentielles et de devises fortes.
Logistique limitée → capacité réduite à attirer les chaînes de valeur globales.
Numérique marginalisé → fuite des talents et manque de création d’emplois qualifiés.

En cumul, cela se traduit par :

  • une croissance limitée (~3,3 % projetée en 2026), reflétant la faiblesse de l’investissement productif ;
  • une dépendance accrue aux dépenses courantes et au financement interne (parfois coûteux)

Un virage à prendre

Le budget 2026 de la Tunisie montre une priorisation de la sécurité et des dépenses courantes au détriment d’une stratégie orientée vers la croissance durable.
Sans un rééquilibrage vers les secteurs à forte valeur ajoutée — tourisme, logistique, numérique — l’économie risque de stagner malgré un nombre croissant de touristes et un marché du travail jeune et diplômé.