Un café à 1,0–1,2 TND ou à 1,5–2,0 TND ne relève pas du détail.
C’est un thermomètre.
Le prix du café en Tunisie concentre plusieurs tensions : importations sous pression, finances publiques fragiles, inflation alimentaire persistante, volatilité mondiale.
Petit produit. Lecture macro.
Prix du café en Tunisie : ce que disent les chiffres officiels
Le marché du café est encadré par l’État.
L’importation est assurée principalement par l’Office du Commerce de Tunisie (OCT).
Les prix sont fixés par le ministère du Commerce et du Développement des Exportations.
Données structurantes
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La Tunisie importe 100 % de son café
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Volume annuel moyen : 25 000 à 30 000 tonnes
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Origines principales : Brésil, Vietnam, Afrique subsaharienne
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Prix de vente administré au détail : encadré selon le type (café torréfié, moulu, en vrac)
Le café n’est pas un marché libre.
C’est un produit stratégique.
Prix administré vs prix réel : l’écart révélateur
Sur le papier :
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Prix officiel fixé par l’État
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Subventions partielles
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Marges réglementées
Sur le terrain :
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Pénuries ponctuelles
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Files d’attente chez certains grossistes
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Ajustements officieux
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Hausse des prix en cafés
Dans plusieurs régions, le prix d’une tasse est passé de 1,0–1,2 TND à 1,5–2,0 TND (soit 1 000–1 200 millimes à 1 500–2 000 millimes), soit une hausse de 30 % à 60 % selon l’emplacement et le type de café.
Quand le prix administré diverge du prix réel, le signal est clair : tension d’approvisionnement.
Inflation alimentaire en Tunisie : le café comme amplificateur
Selon l’Institut national de la statistique (INS), sur les dernières années :
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Inflation globale : souvent autour de 8–10 %
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Inflation alimentaire : généralement supérieure à la moyenne
Le café agit comme :
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Indicateur de pression sur les importations
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Reflet de la dépréciation du dinar
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Mesure indirecte de la contrainte en devises
Plus les réserves en devises se contractent, plus l’importation devient coûteuse et la pression sur le prix augmente.
Approvisionnement et finances publiques : la vraie équation
Le café est payé en dollars.
Or :
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La Tunisie fait face à une pression sur ses réserves en devises
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Les retards de paiement aux fournisseurs étrangers se sont multipliés
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L’OCT fonctionne dans un cadre budgétaire contraint
Conséquences :
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Retards d’importation
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Ruptures temporaires
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Ajustements progressifs des prix
Le café devient alors un indicateur avancé de stress budgétaire.
Cours mondiaux du café : un facteur externe décisif
Le prix mondial du café a connu une forte volatilité ces dernières années.
Référence internationale : Intercontinental Exchange (ICE).
Facteurs majeurs :
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Conditions climatiques au Brésil
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Sécheresse au Vietnam
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Spéculation sur les matières premières
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Coûts logistiques post-Covid
Entre 2021 et 2024, les cours ont dépassé 200 cents/livre pour l’arabica.
Un pays importateur net comme la Tunisie subit immédiatement ces variations.
Marché du café en Tunisie : poids économique réel
Le café n’est pas marginal :
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Des milliers de cafés et salons de thé
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Emploi direct et indirect
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Consommation quotidienne ancrée culturellement
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Présent dans presque tous les foyers
Un ajustement de prix de quelques centaines de millimes :
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Impact direct sur le pouvoir d’achat
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Impact indirect sur la rentabilité des cafés
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Pression sur la consommation des ménages
Produit simple. Effet systémique.
Ce que le prix du café révèle vraiment
Quand le prix du café monte, cela signifie :
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Tension sur les importations
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Pression sur les devises
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Dégradation des marges commerciales
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Arbitrages budgétaires plus serrés
Ce n’est pas une anecdote de comptoir.
C’est un signal macroéconomique.
Le café tunisien : miroir de l’économie et des tensions invisibles
Le café en Tunisie n’est pas qu’une habitude sociale.
C’est :
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Un baromètre des devises
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Un révélateur d’inflation
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Un test de solidité logistique
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Un indicateur avancé de tension budgétaire
Observer la tasse, c’est lire l’économie.