158 000 tonnes.
1,12 milliard de dinars.
Un excédent commercial structurel.
Sur le papier, le secteur de la pêche en Tunisie semble solide. Dans les ports, le discours est différent : coûts en hausse, captures en baisse, pression sur les stocks.
Alors, moteur économique sous-valorisé ou filière fragilisée ? Les chiffres racontent une histoire plus nuancée.
Production et poids économique : un pilier discret de l’économie tunisienne
Les chiffres clés
Selon la FAO et les données nationales :
- ≈ 158 000 tonnes de production totale en 2022 (pêche + aquaculture)
- Entre 130 000 et 133 000 tonnes certaines années selon les séries FAO (fluctuations annuelles)
- 1,12 milliard de dinars de valeur de production en 2022
- Environ 54 000 emplois directs et indirects
Sources : Observatoire National de l’Agriculture, Institut National de la Statistique, FAO.
Structure de la production
- La pêche maritime domine largement
- L’aquaculture représente environ 13 % du volume
- Forte concentration géographique : Sfax, Mahdia, Gabès
Le potentiel biologique existe. Le rendement économique reste limité.
Aquaculture en Tunisie : potentiel élevé, exécution lente
La Tunisie dispose de plus de 1 300 km de côtes.
Objectif officiel :
- 52 % de production aquacole d’ici 2030.
Problème :
- Investissements encore modestes
- Cadre réglementaire lent
- Dépendance technologique
Comparaison méditerranéenne :
La Turquie a multiplié sa production aquacole par plus de 4 en 15 ans. La Tunisie progresse, mais à un rythme plus lent.
Conclusion intermédiaire :
Le potentiel est là. L’accélération industrielle ne suit pas.
Exportations et balance commerciale : un excédent fragile
Le secteur de la pêche en Tunisie affiche une balance commerciale positive.
- Excédent annuel structurel
- Les produits de la mer figurent parmi les rares filières agricoles exportatrices nettes
Premier marché :
- Italie
Dépendance notable :
Une concentration excessive sur quelques marchés européens.
Risque :
Variation des normes, ralentissement économique européen, concurrence marocaine ou turque.
Signaux de crise : pression sur les stocks et fragilité sociale
Derrière les agrégats nationaux, le terrain montre des tensions.
Chute locale des captures
À Nabeul, certaines déclarations professionnelles évoquent :
- Jusqu’à –60 % de baisse de certaines espèces ces dernières années
Facteurs structurels
- Surexploitation de certaines zones
- Pêche illégale
- Dégradation des herbiers marins
- Ports sous-équipés
- Flotte vieillissante
Résultat :
- Revenus instables pour la pêche artisanale
- Pression sociale dans les régions côtières
La croissance globale masque des déséquilibres locaux.
Gouvernance et données : angle mort stratégique
Problème central :
La donnée publique reste fragmentée.
- Retards statistiques
- Manque de séries consolidées
- Difficulté d’évaluation précise des stocks
Sans pilotage scientifique robuste, la gestion durable des ressources marines devient approximative.
Lecture stratégique : sous-exploitation ou crise structurelle ?
Les deux.
Sous-exploitation
- Aquaculture sous-dimensionnée
- Transformation industrielle limitée
- Faible montée en gamme
Fragilité réelle
- Pression écologique
- Dépendance aux exportations
- Faible modernisation
Le secteur halieutique tunisien n’est pas en effondrement.
Mais il est à la croisée des chemins.
Scénarios à 5–10 ans
Scénario inertiel
- Stagnation autour de 150 000 tonnes
- Érosion progressive des stocks
- Tensions sociales accrues
Scénario structurant
- Accélération aquaculture
- Modernisation portuaire
- Certification durable pour l’export
- Digitalisation du suivi des captures
L’écart entre ces deux trajectoires dépendra de décisions publiques rapides.
Pêche en Tunisie : entre potentiel et risque
La pêche en Tunisie n’est ni un échec ni un succès éclatant.
C’est un secteur stratégique sous-optimisé, exposé à des risques écologiques et commerciaux.
Les chiffres montrent un potentiel.
Le terrain montre une pression.
Sans modernisation et gouvernance rigoureuse, l’excédent commercial d’aujourd’hui peut devenir la fragilité de demain.