Depuis la fin des années 2010, l’insécurité alimentaire en Tunisie est devenue un problème structurel. Ce n’est plus seulement une question de pauvreté ou d’inégalités régionales : sécheresses prolongées, politiques agricoles défaillantes, crise financière et dépendance accrue aux importations, y compris informelles depuis l’Algérie, ont plongé le pays dans une situation critique.
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Depuis 2017, les épisodes de sécheresse ont aggravé la pénurie d’eau.
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L’accès limité au financement international a réduit la capacité de l’État à importer et soutenir la production locale.
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La dépendance aux importations, légales et illégales, augmente chaque année.
Stress climatique et effondrement des revenus ruraux
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Sécheresse prolongée : les niveaux des barrages sont passés de 50 % en 2019 à 23 % en 2024, avant une légère remontée à 31 % en 2025.
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Impact agricole : échec des cultures, pénurie de pâturages, hausse des coûts de production.
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Éleveurs touchés : hausse du prix du fourrage, terres asséchées, vente massive des troupeaux.
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Prix régulés : maintien artificiel des prix du lait, désavantageant les producteurs ruraux.
Conséquence directe : des milliers d’agriculteurs abandonnent l’élevage, accélérant le déclin de la production locale et provoquant des tensions sociales dans les régions frontalières avec l’Algérie.
Politique de l’eau et dépendance asymétrique à l’Algérie
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Isolement diplomatique : rupture avec FMI (2023), répression interne, alignement avec l’Algérie contre le Maroc.
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Importations obligatoires : énergie, électricité, soutien financier d’Alger pour compenser les déficits.
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Gestion des ressources hydriques :
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Barrages algériens sur les cours d’eau transfrontaliers réduisent l’eau disponible pour l’ouest tunisien.
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Le fleuve Medjerda, essentiel pour plus de la moitié de la population et l’agriculture, voit son débit diminuer.
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Aquifère transfrontalier : extraction algérienne disproportionnée, consultation tripartite relancée en 2024 mais sans engagement contraignant.
Impact attendu : avec la hausse des températures et la baisse des pluies, la tension sur l’eau pourrait devenir un facteur majeur d’instabilité régionale.
Déclin agricole et dépendance alimentaire
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Part de l’agriculture dans l’emploi : 17 % en 2010 → 12 % en 2025, chute accélérée après 2021.
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Investissement agricole : -30 % entre 2019 et 2024.
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Emploi agricole : -46 % sur la même période.
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Terres cultivées pour nouveaux investissements : -44 %.
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Inflation alimentaire : hausse des produits non subventionnés ; pénurie régulière de pain, huile, sucre, café.
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Dépendance au blé importé : 80 % de la consommation nationale depuis 2023.
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Contrebande depuis l’Algérie : un réseau structuré émerge pour pallier les manques.
Contrebande et perte de bétail
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Troupeaux : population bovine de 671 000 (2015) → 388 000 (2022).
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Conséquence : affaiblissement du secteur laitier, hausse des prix du lait.
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Économie transfrontalière :
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Achat de denrées subventionnées en Algérie (Annaba, Constantine, Souk Ahras).
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Circulation entre commerce légal et informel, donnant à Alger un levier stratégique sur la Tunisie.
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Changement nécessaire pour la sécurité alimentaire
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Cycle vicieux : sécheresse + mauvaise gouvernance + isolement financier → dépendance accrue à l’Algérie.
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Actions prioritaires :
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Stratégie nationale d’adaptation au climat.
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Gestion durable de l’eau, irrigation, cultures résistantes à la sécheresse.
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Soutien aux petits exploitants agricoles.
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Coopération formalisée avec l’Algérie sur l’eau transfrontalière (accord contraignant).
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Sans réforme structurelle et coordination régionale, la Tunisie risque d’aggraver sa dépendance et de perdre davantage d’autonomie économique et politique.