Gaspillage du pain en Tunisie : 30 millions d’unités perdues pendant Ramadan

Chaque soir de Ramadan, la même scène.
Tables chargées. Achats excessifs. Pain jeté.

Derrière ce geste banal, un enjeu budgétaire réel.

Selon des estimations relayées par l’Institut National de la Consommation et l’Organisation de défense du consommateur, entre 900 000 et 1 million de pains seraient jetés chaque jour durant le mois de Ramadan.

Sur 30 jours, cela représente 27 à 30 millions d’unités.

Un pic saisonnier dans un pays dépendant du blé importé

La Tunisie importe la quasi-totalité de son blé tendre.
Le pain est subventionné via la Caisse générale de compensation, qui maintient un prix administré largement inférieur au coût réel.

Ramadan amplifie les déséquilibres :

  • La consommation de pain augmente de 20 % à 30 % selon les années.
  • Les ménages sur-achètent par précaution.
  • Les boulangeries surproduisent pour éviter les ruptures.

Résultat : une surconsommation suivie d’un gaspillage massif.

Le coût réel : au-delà du symbole

Chaque pain jeté intègre :

  • un coût d’importation du blé (payé en devises)
  • des coûts logistiques et énergétiques
  • un coût de transformation
  • une subvention publique

Si l’on considère uniquement la subvention unitaire (estimée autour de quelques centimes à plusieurs dizaines de millimes selon les années budgétaires), la perte directe se chiffre déjà en millions de dinars sur un seul mois.

En intégrant la chaîne complète, le coût économique réel est nettement supérieur.

Le problème n’est donc pas moral.
Il est structurel.

Trois impacts économiques directs

1. Pression sur les finances publiques

Des subventions généralisées qui ne distinguent pas consommation utile et gaspillage.
Un déficit budgétaire mécaniquement alourdi.

2. Dépendance accrue aux importations

Le blé est payé en devises.
Chaque unité gaspillée renforce la vulnérabilité extérieure.

3. Distorsion du signal-prix

Un prix administré trop bas affaiblit l’incitation à rationaliser la consommation.
Le pain est perçu comme quasi gratuit.

En clair : le système actuel subventionne aussi le gaspillage.

Pourquoi Ramadan amplifie le phénomène

Ramadan modifie profondément les comportements :

  • Sur-achat par anticipation
  • Pression sociale autour de la table
  • Multiplication des plats
  • Production excédentaire pour répondre aux pics de demande

Le pain devient un produit « de sécurité ».
On en achète trop.
On en jette sans calcul.

Le paradoxe est net :
Un pays sous contrainte budgétaire gaspille massivement un produit importé et subventionné.

Quelles pistes structurelles ?

Le débat ne peut pas rester émotionnel.
Il doit devenir économique.

Pistes possibles :

  • Révision progressive et ciblée des subventions
  • Utilisation d’un identifiant social pour mieux orienter l’aide
  • Ajustement de la production pendant les pics saisonniers
  • Campagnes comportementales basées sur données mesurables

Le sujet dépasse le pain.
Il concerne l’architecture budgétaire.

Un indicateur silencieux de fragilité économique

30 millions de pains jetés en un mois n’est pas un détail.
C’est un indicateur.

Le gaspillage du pain en Tunisie révèle :

  • Une déconnexion entre prix réel et prix payé
  • Une pression croissante sur les subventions
  • Une dépendance alimentaire stratégique

Ramadan agit comme un révélateur des fragilités structurelles.

Réduire ce gaspillage n’est pas seulement une question de discipline individuelle.
C’est une question de soutenabilité budgétaire et de souveraineté alimentaire.