61 heures par mois.
C’est le temps moyen passé par un utilisateur tunisien sur Facebook selon les estimations issues des données publicitaires de Meta Platforms et des rapports de DataReportal.
Cela représente :
- 2 heures par jour
- 732 heures par an
- L’équivalent de 30 jours complets par an
La question n’est plus “est-ce beaucoup ?”
La vraie question : quel impact économique, social et cognitif pour la Tunisie ?
Facebook en Tunisie : des chiffres qui pèsent
Un marché digital massif
Selon les données 2024 de DataReportal :
- 8 à 9 millions d’utilisateurs Facebook en Tunisie
- Soit plus de 70 % de la population
- Facebook reste la première plateforme sociale du pays
À l’échelle mondiale, les utilisateurs passent en moyenne :
- ≈ 33 heures par mois sur Facebook
En Tunisie :
- 61 heures/mois
- Presque 2 fois la moyenne mondiale
Ce n’est pas anodin.
Pourquoi la Tunisie passe autant de temps sur les réseaux sociaux ?
1. Facebook est devenu une infrastructure
En Tunisie, Facebook ne sert pas uniquement à publier des photos.
Il remplace :
- Les médias traditionnels
- Les petites annonces
- Une partie du e-commerce
- Les groupes communautaires
- L’information locale
Beaucoup de PME n’ont pas de site web.
Elles ont une page Facebook.
Pour certains secteurs, Facebook est devenu :
- Le canal marketing principal
- Le canal SAV
- Le canal de vente
2. Un contexte économique sous pression
Dans un environnement marqué par :
- Inflation persistante
- Dépréciation du dinar
- Chômage élevé chez les jeunes
Les réseaux sociaux jouent un rôle d’échappatoire.
Mais aussi de recherche d’opportunités :
- Freelance
- Revente
- Marketplace
- Micro-entrepreneuriat
Le temps passé n’est donc pas uniquement “loisir”.
3. Un usage mobile dominant
En Tunisie :
- Plus de 95 % des connexions aux réseaux sociaux se font via smartphone
(source : estimations combinées ITU / DataReportal)
Un smartphone à 300 dinars suffit pour :
- S’informer
- Travailler
- Vendre
- Discuter
- Se divertir
Résultat : l’usage est permanent.
Addiction numérique : que dit la science ?
Le terme “addiction” est souvent exagéré.
Selon l’Organisation mondiale de la santé :
- L’addiction comportementale reconnue officiellement concerne surtout le jeu vidéo (gaming disorder).
- L’addiction aux réseaux sociaux n’a pas encore de statut clinique universel.
Mais les signaux d’alerte existent :
- Perte de contrôle
- Baisse de productivité
- Troubles du sommeil
- Dépendance à la validation sociale
Des études publiées par des universités européennes montrent un lien entre :
- Temps excessif sur réseaux sociaux
- Hausse de l’anxiété chez les 18–34 ans
En Tunisie, aucune grande étude nationale n’a encore quantifié précisément ce phénomène.
C’est un angle mort.
Impact économique : coût ou opportunité ?
Coût potentiel
Si l’on considère :
- 2 heures/jour
- Sur une population active estimée à environ 4 millions
Même 30 minutes de perte de productivité quotidienne représenterait :
- Des millions d’heures par an
- Un impact macroéconomique non négligeable
Opportunité réelle
En parallèle :
- Le marché publicitaire digital tunisien progresse chaque année
- Facebook Ads reste la principale plateforme d’acquisition locale
Pour beaucoup d’entreprises :
- Le coût d’entrée est faible
- Le ciblage est précis
- Le ROI est mesurable
Facebook est donc :
- Un risque d’addiction individuelle
- Un levier économique collectif
Les deux réalités coexistent.
Réseaux sociaux en Tunisie : comparaison régionale
Dans la région MENA :
- Les pays du Golfe affichent aussi des temps d’usage élevés
- L’Égypte reste très dépendante de Facebook pour l’information
Mais la Tunisie se distingue par :
- Une concentration très forte sur une seule plateforme
- Une faible diversification vers LinkedIn ou Twitter
Cette dépendance stratégique pose une question :
Que se passe-t-il si l’algorithme change ?
Ou si la portée organique chute davantage ?
Les PME tunisiennes sont exposées.
Ce que révèle vraiment le chiffre des 61 heures
Ce chiffre n’indique pas seulement une possible addiction numérique.
Il révèle :
- Un déficit de médias digitaux alternatifs solides
- Une centralisation de l’information
- Une dépendance technologique à un acteur étranger
- Un manque d’éducation numérique structurée
Facebook est devenu un pilier informel de l’économie digitale tunisienne.
Mais sans régulation locale forte.
Accros ou stratèges mal équipés ?
Les Tunisiens ne sont pas simplement “accros”.
Ils utilisent Facebook comme :
- Média
- Marché
- Réseau professionnel
- Source d’information
- Espace social
Le problème n’est pas le temps passé.
Le problème est l’absence de stratégie nationale autour du numérique.
Sans diversification :
- Le risque est structurel
- La dépendance est réelle
Pour les investisseurs et décideurs :
Le signal est clair.
La Tunisie a un public ultra-connecté.
Mais l’écosystème digital local reste fragile.