Eau dessalée en Tunisie : business ou mirage ?
La Tunisie intensifie son recours au dessalement de l’eau de mer pour répondre à un déficit hydrique croissant, aggravé par des années de sécheresse et la baisse des réserves de barrages. Ce contexte crée un terrain d’investissement potentiel, mais avec des verrous réglementaires et financiers forts. Ce briefing cible les décideurs et investisseurs sérieux : chiffres concrets, projets en cours, enjeux de marché.
Contexte national : stress hydrique et réponses publiques
- La Tunisie vise à augmenter la part de l’eau dessalée dans ses ressources totales d’eau potable (actuellement faible, autour de 6 %). L’objectif national est de porter cette part jusqu’à 30 % d’ici 2030 pour réduire les pénuries sporadiques.
- Le prix de l’eau potable a été révisé à la hausse (+12‑16 %) en réponse à la sécheresse, reflétant la pression sur les réseaux publics.
Enjeu clef pour investisseurs : l’eau devient un actif critique dans un pays où l’offre stagne face à la demande.
Projets majeurs de dessalement : Sfax et Djerba
A. Sfax – Plus grand projet en cours
- Capacité prévue : 100 000 m³/jour, extensible à 200 000 m³/jour.
- Budget estimé : environ 300 M€ (~960 M TND).
- Technologie : Osmose inverse + 40 MW de puissance électrique.
- Calendrier : entrée en service attendue début 2026.
- Financement/Exécution : traité comme projet public via SONEDE avec financement extérieur (JICA, banques de développement).
Points d’attention :
- L’électricité, fournie par STEG, représente un coût structurel majeur (consommation énergétique élevée).
- Jusqu’à présent, l’ensemble du financement et de l’exploitation est confié à des institutions publiques ou des bailleurs de fonds publics.
B. Djerba – projet historique déjà opérationnel
- Capacité actuelle : ~50 000 m³/jour.
- Coût historique : ~75 M€ avec financement KfW.
- Extension possible : expansion prévue dans les infrastructures existantes.
Djerba sert de preuve de concept local : l’eau dessalée couvre une part significative de l’approvisionnement insulaire, réduisant la pression sur les nappes fossiles.
Opportunités pour le secteur privé – réalité vs potentiel
A. Marché public / modèle actuel
- Les grands projets (Sfax, Djerba, Zarat, Sousse) sont portés par SONEDE, financés via prêts internationaux ou budgets publics, et gérés en majorité par des consortiums EPC internationaux sous contrat public.
- SONEDE n’a pas de politique claire de participation privée dominante pour la production/distribution d’eau potable.
B. Initiatives privées émergentes
- Exemple réel : une entreprise privée (Lantania) a signé un contrat pour construire et exploiter un dessalement de ~7 500 m³/jour pour usage agricole à Gabès, avec 12 mois d’exploitation inclus.
- Ce type de contrat intégrant construction + O&M est un modèle reproductible pour d’autres usages industriels agricoles ou industriels.
C. Environnement réglementaire et PPP
- La participation privée existe historiquement via des concessions ou PPP dans des secteurs connexes (traitement des eaux usées).
- Des cadres PPP ont été approuvés qui incluent des projets d’eau, même si l’application reste limitée à date.
- L’absence d’une politique tarifaire incitative et d’un cadre d’achat d’eau dessalée à moyen terme est un frein objectif à l’entrée massive des capitaux privés.
Risques et contraintes opérationnels
- Coûts énergétiques élevés : le dessalement est un process intensif en énergie (jusqu’à 40 MW pour les grandes usines).
- Tarification de l’eau subtile : les prix publics ne reflètent pas les coûts réels de production, limitant l’attractivité des modèles purement commerciaux.
- Infrastructure électrique dépendante de STEG : contraintes de capacité et coûts.
- Critères environnementaux : rejet de saumure et consommation électrique nécessitent des stratégies d’atténuation
Conclusion – verdict pour investisseurs
Le dessalement en Tunisie est un marché en expansion, mais encore dominé par des financements publics.
Les véritables opportunités privées aujourd’hui se trouvent dans des contrats EPC + O&M ciblés, des micro‑dessalements industriels/agricoles ou des solutions énergétiques intégrées (solaire + dessalement) qui réduisent les coûts unitaires d’eau.
Meher B.A
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