Déchets : un risque stratégique pour la Tunisie
La Tunisie fait face à une crise de gestion des déchets qui gagne en ampleur. La quantité produite augmente rapidement, le système de traitement reste sous‑dimensionné, et les coûts environnementaux et économiques montent en flèche. Un rapport récent de la Banque mondiale met en lumière l’ampleur du défi : pour tenir les objectifs de durabilité, les investissements devront être multipliés par plus de trois d’ici 2050.
Le défi quantitatif : volume de déchets et dépenses à venir
1. Hausse prévue des déchets solides municipaux
- Volume de déchets solides municipaux (DSM) en 2022 : ~3 millions de tonnes.
- Projection pour 2050 : ~6 millions de tonnes, soit une hausse de 100 %.
- Production par habitant : 0,80 kg/jour en moyenne.
👉 La croissance des déchets est portée par l’urbanisation, l’augmentation de la consommation et une capacité de tri/recyclage limitée.
2. Investissements requis pour la gestion des déchets
- Dépenses annuelles en 2022 : 141 millions USD (~440 M TND à 3,12 TND/USD).
- Besoin estimé en 2050 : 498 millions USD (~1,55 Md TND).
→ Investissements à plus que tripler en moins de 30 ans.
👉 Sans hausse des financements, la Tunisie ne pourra pas améliorer la couverture, la collecte et le traitement des déchets.
Structure actuelle : collecte, traitement, recyclage
1. Collecte et services existants
- Taux de collecte estimé autour de 79–80 %.
- Reste 20 % non collectés, qui polluent l’espace public.
- Décharges contrôlées : nombre limité, capacité souvent saturée.
👉 Les infrastructures actuelles n’accompagnent pas l’augmentation des volumes.
2. Faible recyclage et valorisation
- Taux de recyclage national très bas, < 7 % selon experts locaux.
- Absence de filières de valorisation structurées à grande échelle.
👉 L’effort d’investissement doit inclure valorisation, tri et traitement pour réduire les volumes enfouis.
Coûts cachés et impacts socio‑économiques
- Gestion déficiente contribue à pollution de l’air, des sols et des eaux, avec impacts de santé publique.
- Dans la région MENA, le coût environnemental de la mauvaise gestion est estimé à 7,2 milliards USD par an.
- Tunisie fait face à des tensions sociales locales autour des sites d’enfouissement et de collecte.
👉 L’inaction se traduit par pertes économiques, pressions sur le tourisme et charges budgétaires accrues.
Freins à l’investissement et leviers possibles
1. Contraintes institutionnelles
- Planification et gouvernance des déchets encore fragmentées entre acteurs publics et privés.
- Rôle informel significatif (récupérateurs non intégrés).
2. Opportunités d’investissement
- Développement de centres de tri, recyclage et valorisation énergétique.
- Partenariats public‑privé (PPP) pour financer des installations modernes.
- Mise en place de mécanismes de financement innovants (redevances, responsabilités élargies des producteurs).
👉 Le secteur offre des débouchés financiers et des emplois si une stratégie cohérente d’investissement est définie.
Conclusion : l’investissement comme point de basculement
La Tunisie est à un moment critique :
- Les déchets produits vont doubler d’ici 2050 sans changement structurel.
- Les besoins d’investissement doivent au moins tripler pour adapter les services, réduire la pollution et soutenir l’économie.
- Où placer le premier milliard d’investissement pour générer le plus d’impact ?
- Un modèle de gestion public‑privé est‑il viable pour attirer des capitaux étrangers tout en assurant un service efficace ?
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