Audiovisuel tunisien : transformer le secteur en machine à devises et emplois

Les productions audiovisuelles : une filière rentable pour la Tunisie ?

L’audiovisuel est un levier économique potentiel si le pays structure ses infrastructures, forme ses talents et met en place des incitations adaptées. En Tunisie, le secteur existe mais reste fragmenté et sous-exploité. Comparé à des pays comme le Maroc ou l’Égypte, où les tournages étrangers rapportent plusieurs centaines de millions de dollars chaque année, le potentiel tunisien reste largement inexploité.

Pourquoi l’audiovisuel peut être rentable

L’audiovisuel génère des revenus à plusieurs niveaux :

  • Économie directe : films, séries, documentaires, clips et publicités créent des emplois pour techniciens, réalisateurs, scénaristes et studios.

  • Export et attractivité internationale : les productions locales et les tournages étrangers apportent des devises et valorisent la Tunisie comme destination de tournage.

  • Effets indirects : tourisme, festivals, merchandising, formation professionnelle. Une filière structurée active tout l’écosystème économique.

Conditions clés pour la rentabilité :

  • Studios et équipements modernes.

  • Réglementation claire et incitations fiscales (exonérations pour tournages étrangers, crédits d’impôt).

  • Main-d’œuvre formée et compétente.

  • Contenu exportable de qualité, capable d’attirer des plateformes et festivals internationaux.

Situation actuelle en Tunisie

  • Population : ~12 millions, consommation locale limitée.

  • Revenus domestiques : 150‑200 M TND/an (~50‑65 M USD/an) pour TV et streaming.

  • Entreprises : 158 sociétés de production vidéo, 76 sociétés cinématographiques, 20 services de location de matériel.

  • Poids économique : l’ensemble des industries culturelles et créatives (ICC) pèse ~1,5 Md TND (~0,7 % du PIB). L’audiovisuel représente <1 % des exportations culturelles.

  • Emploi : ~3 000 actifs directement dans le secteur formel, 70 000 dans les ICC (informel inclus).

Limites identifiées :

  • Fragmentation du marché.

  • Absence de gros studios intégrés.

  • Données fiables sur les revenus directs manquantes.

En comparaison, le Maroc a structuré ses studios et attire plusieurs centaines de tournages étrangers chaque année, générant dizaines de millions de dollars en devises.

Projection conservatrice 2026‑2035

Année Productions locales Tournages étrangers Revenus locaux (M USD) Revenus export/devise (M USD) Emplois directs
2026 25 3 15 3 3 000
2030 29 7 19 7 3 800
2035 34 10 24 10 4 500
  • Croissance lente mais stable.

  • Environ 1 500 emplois supplémentaires sur 10 ans.

  • Revenus en devises limités, dépendance aux aides et investissements modestes.

Scénario ambitieux mais réalisable 2026‑2035

Hypothèses :

  • Création de 2‑3 studios modernes, post-production VFX et laboratoires numériques.

  • 15‑20 tournages étrangers par an, dépenses locales 1,5‑3 M USD/tournage.

  • Développement de plateformes VOD et diffusion internationale.

  • Renforcement de la formation et export culturel actif (festivals, co-productions).

Année Productions locales Tournages étrangers Revenus locaux (M USD) Revenus export/devise (M USD) Emplois directs
2026 30 5 20 8 4 000
2030 50 15 40 30 6 000
2035 75 22 65 55 8 500

Impacts :

  • Poids économique : 0,8‑1 % du PIB d’ici 2035.

  • Revenus en devises : 50‑55 M USD/an.

  • Effet multiplicateur : tourisme, festivals, merchandising.

  • Positionnement régional : hub audiovisuel MENA / Afrique francophone.

Comment rendre l’audiovisuel tunisien rentable et exportable

  • L’audiovisuel tunisien peut devenir rentable et exportateur si le pays investit dans :

    • Infrastructure et studios modernes.

    • Formation spécialisée pour techniciens, post-prod et VFX.

    • Incitations fiscales et guichet unique pour tournages étrangers.

    • Promotion internationale du contenu tunisien via festivals et plateformes digitales.

  • Le scénario ambitieux montre un potentiel de plusieurs dizaines de millions de dollars en devises et 8 500 emplois directs d’ici 2035.

  • Sans intervention, le secteur restera limité, fragmenté et dépendant d’aides publiques ou privées.