Dette intérieure tunisienne : un frein au crédit et à l’économie

Dette intérieure tunisienne : un frein au crédit et à l’économie

Dette intérieure tunisienne : un frein au crédit et à l’économie

La Tunisie emprunte davantage à l’intérieur. Cela se paie par une transformation profonde du rôle des banques. Plus elles prêtent à l’État, moins elles financent le reste de l’économie. Le vrai débat ici n’est pas théorique : il a un impact direct sur les crédits aux particuliers et l’activité des PME.

Contexte macro et chiffres clés

 Dette publique et dette intérieure (Source BCT & BM)

  • Public debt ≈ 84,6 % du PIB en 2023 (en hausse marquée depuis 2019).
  • Part de la dette intérieure dans la dette publique totale : ~77 % en 2024.
  • Dette extérieure diminue, mais reste significative (≈ 47,5 % du PIB en 2024).

 Exposition du système bancaire

  • Part des créances bancaires détenues par l’État a bondi de 14,4 % (2015) à ≈31 % (2023).
  • Dans les dernières années jusqu’à mai 2024, exposition bancaire à l’État a progressé de +30 % par an.
  • Encours total des crédits bancaires à l’économie en 2024 : 118,6 milliards TND (+2,8 %).
  • Crédits aux particuliers en 2024 : ~29,4 milliards TND (+2,3 %).

Tendance du crédit privé

  • Croissance du crédit total contenue → 2,8 % en 2024, vs plus forte il y a deux ans.
  • Crédits aux particuliers en ralentissement par rapport aux années précédentes.

Exposition des banques tunisiennes : diagnostic net

1) Les banques financent l’État en priorité

  • Les titres publics (bons du Trésor, obligations) sont achetés massivement par les banques locales.
  • La banque centrale soutient ce mouvement à travers des opérations de refinancement orientées vers le financement public.

Conséquence : part croissante des dettes publiques dans les portefeuilles bancaires.

2) Effet d’éviction du crédit privé

L’“effet d’éviction” décrit le phénomène où le financement public absorbe une part disproportionnée des ressources bancaires disponibles, au détriment du crédit à l’économie réelle.

  • Le crédit aux PME et aux particuliers ne croît que modestement malgré une demande persistante.
  • Les banques allouent une plus grande part de leur bilan aux titres publics, moins risqués mais souvent moins productifs pour l’économie.
  • Le taux de croissance des crédits privés est inférieur à celui des prêts publics.

Les PME et les ménages ont un accès moins facile et plus coûteux au crédit.

3) Risque structurel

Cette dynamique n’est pas superficielle : elle structure la finance tunisienne autour du financement public.

  • Immobilisation de liquidités bancaires.
  • Réduction du financement aux secteurs productifs.
  • Biais vers le financement des grandes entreprises publiques (ex. Office des Céréales via BNA) plutôt que vers les acteurs du secteur privé.

Effet d’éviction : données et implications

 Ce que signifie l’effet d’éviction ici

  • Moins de prêts aux particuliers et PME.
  • Taux d’intérêt élevés pour les crédits privés, reflet de la rareté de liquidités et du risque perçu.
  • La priorité donnée aux titres publics diminue la capacité des banques à accorder des prêts productifs.

Exemple chiffré (bilan type bancaire)

Catégorie Évolution récente
Créances sur l’État +30 % par an jusqu’à 2024 (part très significative)
Crédits totaux à l’économie +2,8 % en 2024
Crédits aux particuliers +2,3 % en 2024

➡ Le contraste est net : les prêts publics croissent beaucoup plus vite que les prêts privés.

Que se passe‑t‑il sur le terrain ?

Impact concret sur les particuliers

  • Accès au crédit plus lent, souvent à des taux élevés.
  • Moindre capacité d’investissement pour les ménages.
  • Frein à la consommation durable (logement, auto, petits projets).

Impact sur les entreprises privées

  • PME en difficulté pour obtenir des lignes de crédit.
  • Priorisation des entreprises publiques ou grandes structures.
  • Le coût du capital reste élevé faute de concurrence dans l’offre de crédit.

exposition oui, mais surtout conséquences

Verdict : Oui, les banques tunisiennes sont fortement exposées à la dette intérieure, et cela pèse sur leur capacité à financer le reste de l’économie. L’orientation du crédit vers l’État et les grandes entreprises publiques remplace progressivement le financement des particuliers et des PME.

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