Les femmes chefs d’entreprise en Tunisie : données, pouvoir économique et barrières réelles
La scène économique tunisienne change. Lentement. Sans bruit.
Les femmes chefs d’entreprise en Tunisie évoluent dans un environnement complexe : financement limité, réseaux fermés, poids culturel persistant.
Elles créent. Elles exportent. Elles innovent.
Mais les chiffres montrent que leur progression reste freinée.
Données clés sur l’entrepreneuriat féminin en Tunisie
Selon l’Institut National de la Statistique (INS) et la Banque Mondiale :
- Environ 26 % des entreprises formelles en Tunisie sont dirigées par des femmes
- Moins de 15 % des PME industrielles sont détenues majoritairement par des femmes
- Le taux d’activité féminin reste autour de 28 %, contre plus de 65 % pour les hommes
- L’accès au financement bancaire est inférieur de près de 30 % à celui des entrepreneurs masculins
Dans les startups technologiques :
- La Tunisie affiche l’un des taux les plus élevés d’Afrique du Nord
- Mais moins de 20 % des startups financées sont fondées par des femmes
Le constat est clair : présence croissante, mais capital limité pour elles.
Femmes entrepreneures en Tunisie : secteurs et dynamique réelle
L’entrepreneuriat féminin en Tunisie se concentre historiquement sur :
- Textile et artisanat
- Agroalimentaire
- Services
- Commerce
Mais un basculement s’opère vers :
- Tech et digital
- Fintech
- Économie verte
- Export B2B
Le cadre légal, notamment la Startup Act, a facilité la création d’entreprises innovantes.
Résultat :
- Plus de 1 000 startups labellisées depuis 2018
- Une part féminine en hausse, mais encore minoritaire
Des réseaux comme Women and Leadership ou le programme Réseau Entreprendre Tunisie jouent un rôle structurant.
Cependant, l’écosystème reste dominé par des circuits masculins.
Accès au crédit en Tunisie : premier verrou structurel
Le principal obstacle reste le financement.
Selon la Banque Centrale de Tunisie :
- Les femmes présentent moins de garanties foncières
- Elles disposent de moins d’actifs enregistrés à leur nom
- Les montants d’investissement sont plus faibles
Conséquences :
- Auto-financement dominant
- Croissance lente
- Accès limité au capital-risque
Le problème n’est pas la compétence, mais l’asymétrie patrimoniale et le biais dans l’évaluation du risque.
Réseaux, stéréotypes et plafond invisible
Deuxième barrière : le capital social.
Dans l’économie tunisienne :
- Les grands marchés publics passent par des réseaux fermés
- Les partenariats stratégiques se nouent dans des cercles restreints
- Les mentors restent majoritairement masculins
À cela s’ajoutent :
- Pression sociale
- Charge familiale disproportionnée
- Sous-estimation systémique des ambitions féminines
Résultat : croissance plus lente, visibilité réduite et accès limité aux grands contrats.
Pourquoi l’entrepreneuriat féminin en Tunisie est un enjeu macroéconomique
Ce n’est pas seulement un débat sociétal.
C’est un levier de croissance.
Selon la Banque Mondiale :
- Réduire l’écart de participation économique pourrait augmenter significativement le PIB national
- Les entreprises dirigées par des femmes affichent des taux de remboursement plus élevés dans la microfinance
Un entrepreneuriat féminin plus développé signifie :
- Plus d’emplois
- Plus d’innovation
- Plus de diversification sectorielle
Dans un pays confronté à :
- Croissance faible
- Pression budgétaire
- Chômage élevé des diplômés
Ignorer ce levier est une erreur stratégique.
Ce qui doit changer
Priorités claires :
- Accès au crédit basé sur la viabilité des projets, et non sur le patrimoine
- Fonds d’investissement dédiés aux femmes
- Programmes de mentorat sectoriels
- Intégration des femmes dans les marchés publics
- Éducation financière dès l’université
Les dispositifs existent.
Ils doivent être mis à l’échelle.
L’inaction coûte plus cher que le soutien
Les femmes chefs d’entreprise en Tunisie ne demandent pas des privilèges.
Elles demandent un terrain équitable.
Les données montrent une progression réelle.
Les barrières révèlent un potentiel inexploité.
Pour les investisseurs et décideurs :
Le sujet n’est pas symbolique.
Il est économique.
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