Natation tunisienne : le transfert de Rami Rahmouni vers l’Arabie saoudite révèle une faille stratégique

Le 25 février 2026, la natation tunisienne a perdu l’un de ses actifs les plus prometteurs. À 17 ans, Rami Rahmouni change de nationalité sportive et représentera désormais l’Arabie saoudite. L’information a été confirmée par Hedia Mansour, présidente de la Fédération tunisienne de natation. En interne, le signal est clair : ce n’est pas un incident isolé. C’est un indicateur structurel.

Fuite des talents : un cas isolé ou un modèle qui s’installe ? Le dossier Rahmouni relance un débat sensible : la fuite des talents sportifs tunisiens.

Les faits

  • Âge : 17 ans
  • Statut : espoir national en natation
  • Accompagnement annoncé :
    • Stages à l’étranger
    • Participation à des compétitions internationales
    • Soutien financier fédéral

Malgré cela, rupture de contact avec les structures tunisiennes depuis près de deux ans. En coulisses, des incitations financières extérieures sont évoquées.

Le marché mondial des naturalisations sportives

Le transfert d’athlètes n’est pas nouveau. Depuis 2010, plusieurs pays du Golfe — notamment l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats — ont massivement investi dans le sport :

  • Budget sport Arabie saoudite (Vision 2030) : plus de 2 milliards USD par an estimés dans le secteur sportif
  • Organisation ou candidature à des compétitions internationales majeures
  • Programmes d’attraction de talents étrangers

La logique est simple : le sport est un outil de puissance, d’image et d’influence. Dans ce contexte, un jeune nageur tunisien performant devient un actif stratégique.

Natation tunisienne : des performances historiques, un modèle fragile La Tunisie n’est pas un petit acteur en natation.

  • Oussama Mellouli : Or olympique 2008 (1500m nage libre) et Or olympique 2012 (10 km eau libre).
  • Ahmed Hafnaoui : Or olympique 2021 (400m nage libre).

Ces victoires ont prouvé que la Tunisie peut produire de l’élite mondiale. Mais derrière ces succès : budget fédéral limité, infrastructures concentrées, dépendance aux financements publics et manque de ligues professionnelles structurées. La performance repose souvent sur des trajectoires individuelles, pas sur un système robuste.

Pourquoi la fuite des talents devient un risque stratégique

Chaque départ d’athlète formé localement représente une perte d’investissement public, d’image internationale et de transmission d’expérience. Former un nageur de haut niveau prend en moyenne 8 à 12 ans d’investissement continu. Si l’athlète part au moment de maturité sportive, la rentabilité nationale devient nulle.

Compétitivité sportive : un problème de modèle économique

La question n’est pas émotionnelle. Elle est économique. Pour retenir ses talents, un pays doit offrir une sécurité financière, un encadrement médical et scientifique, ainsi qu’un accès à des bassins homologués. Dans les pays du Golfe, la concurrence est asymétrique avec des salaires fixes, des primes importantes et des centres d’entraînement ultra-modernes.

Que révèle réellement le cas Rahmouni ?

Ce transfert met en lumière trois failles : la fragilité contractuelle avec les jeunes espoirs, le manque de projection de carrière à long terme et l’absence de mécanismes de rétention structurés. À l’approche des grandes échéances mondiales, la Tunisie doit choisir : subir les départs ou structurer un modèle capable de sécuriser son capital humain sportif.

 

Protéger l’élite ou accepter l’érosion

La natation tunisienne a déjà prouvé qu’elle pouvait produire des champions olympiques. Mais produire ne suffit pas. Il faut retenir. Le départ de Rami Rahmouni vers l’Arabie saoudite est un test de solidité pour l’écosystème sportif tunisien. Sans stratégie claire, les talents iront là où le modèle est plus stable.