Tunisie : l’inflation officielle est à 6,4 %, mais le « cost of living » explose
L’inflation officielle en Tunisie, publiée par l’INS et relayée par la Banque Centrale de Tunisie, reste un indicateur controversé. Les chiffres publiés – 6,4 % sur un an en janvier 2026 – ne reflètent pas la pression réelle sur le pouvoir d’achat des Tunisiens. Les raisons sont multiples : méthodologie des indices, dynamique des prix sur le terrain, et impact des subventions et contrôles sur certains biens.
Méthodologie des chiffres officiels : un biais structurel
- L’Indice des Prix à la Consommation (IPC) couvre un panier fixe de 300 biens et services, peu représentatif des dépenses réelles des ménages.
- Les biens alimentaires de base, dont le blé, le lait et l’huile, ont connu des hausses de 20 % à 40 % sur un an, selon des relevés indépendants.
- Les subventions masquent partiellement la hausse réelle : les prix du carburant et de l’électricité sont maintenus artificiellement bas pour certaines catégories, distordant l’indice officiel.
La pression sur le pouvoir d’achat réel
- Le salaire moyen en Tunisie est de 1 350 TND net par mois.
- L’inflation ressentie par les ménages est estimée à 12–15 %, selon les études de la Banque mondiale sur le panier réel des dépenses.
- Les produits importés, notamment les fruits, légumes et carburants, subissent des hausses de 25–50 %, amplifiant l’effet inflationniste.
- La différence entre IPC officiel et inflation ressentie atteint parfois plus de 8 points, un écart critique pour les investisseurs et décideurs.
Comparaison historique et internationale
- Depuis 2010, l’inflation officielle moyenne a été de 4,2 %, alors que l’inflation réelle observée dépasse souvent 8 %.
- Comparée aux pays voisins :
- Algérie : 7,9 % officiel / 10 % réel
- Maroc : 5,2 % officiel / 7 % réel
- L’écart tunisien s’explique par la dépendance aux importations et la volatilité du dinar face à l’euro et au dollar.
Pourquoi cela importe pour les investisseurs
- Sous-estimer l’inflation conduit à des décisions financières erronées : investissement immobilier, épargne en dinars, ajustement des salaires.
- Les entreprises locales doivent anticiper une hausse des coûts de 10 à 15 % sur les matières premières, souvent non reflétée dans les projections officielles.
- Les marchés financiers intègrent rarement ces écarts, créant des opportunités mais aussi des risques cachés.
Recommandations et perspectives
- Pour les décideurs : considérer des indices alternatifs basés sur le panier réel des ménages.
- Pour les investisseurs : inclure un précautionnel de 8–10 % sur les prévisions d’inflation.
- Pour les analystes : suivre les données de terrain, les relevés indépendants, et les
Faut-il réformer la méthodologie de l’IPC pour que l’inflation reflète enfin la réalité du marché tunisien ?
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