Tunisie et COMESA : Marchés inexplorés de l’Afrique de l’Est
La Tunisie a intégré le Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA) pour étendre ses exportations au delà de l’Europe. Aujourd’hui, ce bloc représente un marché massif encore sous‑exploré. L’objectif de ce texte : fournir une analyse claire des opportunités réelles pour les entreprises tunisiennes et les leviers opérationnels à saisir.
COMESA en bref
- COMESA regroupe 21 États africains (Afrique orientale, australe).
- Population totale : ≈640 millions de consommateurs.
- PIB combiné : ≈1 000 milliards USD.
- Marché de libre‑échange actif depuis 2000, croissance commerciale moyenne ≈7 % par an parmi membres.
Contexte tunisien :
- Adhésion de la Tunisie au COMESA en 2018.
- Part du commerce intra‑africain dans le total des échanges tunisiens restait faible (~16 %).
👉 Le COMESA n’est pas un marché « virtuel ». Il pèse déjà économiquement. Mais l’intensité des échanges tunisiens reste limitée.
Où se trouvent les opportunités pour la Tunisie
1) Exportations de biens manufacturés
Secteurs avec traction existante :
- Agroalimentaire (huile d’olive, produits transformés)
- Matériaux de construction
- Équipements électriques & mécaniques
- Produits finis à forte valeur ajoutée
Ces segments ont déjà des débouchés réels dans plusieurs pays membres et constituent des points d’entrée naturels pour Made in Tunisia.
2) Avantages tarifaires concrets
✔ Réduction des droits de douane jusqu’à 17 % pour les exportations tunisiennes vers le COMESA.
✔ Accès à la zone de libre‑échange élargie incluant CAE et SADC (tripartite).
Conséquence :
- Meilleur positionnement prix face à l’Europe.
- Levée d’un frein majeur des marchés subsahariens : le coût d’accès.
3) Programmes et initiatives du COMESA
- COMESA Free Trade Area : cadre de suppression graduelle des barrières commerciales.
- COMSHIP : harmonisation des normes d’échange de semences, pilote pour l’agro‑business.
- Digital Free Trade Instruments (certificat d’origine électronique, marché en ligne).
👉 Ces plateformes réduisent le coût administratif et accélèrent l’accès aux clients régionaux.
4) Commerce de services & B2B
Points concrets :
- Marchés des services logistiques et chaînes d’approvisionnement intra‑régionales (encore peu matures).
- Forums eBusiness & Matching B2B facilitent la mise en relation directe entre entreprises.
Freins à anticiper (réalité terrain)
- Barrières non‑tarifaires persistantes : réglementations, infrastructures, coûts logistiques.
- Infrastructure terrestre limitée vers régions clés (Coridor logistique sous‑développé).
- Faible visibilité des règles d’origine COMESA pour certains secteurs exportateurs.
- Complexité administrative encore élevée pour PME/TPE.
Cas d’usage immédiats (secteurs à impact rapide)
1) Agroalimentaire premium
- Marchés cibles : Kenya, Ouganda, Éthiopie.
- Positionnement : produits transformés avec certification qualité.
2) Équipements & composants industriels
- Besoin croissant d’équipements électriques, composants mécaniques, pièces détachées.
3) Services d’appui à l’export
- Logistique régionale, formation export, assurance crédit‑export.
Actions recommandées pour décideurs & investisseurs
Court terme (3–6 mois)
- Cartographier 3 marchés prioritaires (ex. Éthiopie, Kenya, Ouganda).
- Participer à ateliers techniques COMESA/CCIT pour maîtriser règles d’origine et conformité.
- Activer le réseau CEPEX pour leads B2B ciblés.
Moyen terme (6–18 mois)
- Aller sur place avec équipes commerciales.
- Signer partenariats de distribution avec opérateurs locaux.
- Intégrer plateformes digitales COMESA (certif. origine, e‑market).
Long terme (>18 mois)
- Structurer une stratégie industrielle africaine alignée sur COMESA + ZLECAf.
- Investir dans logistique et entrepôts régionaux.
Le COMESA représente un marché de centaines de millions de consommateurs avec des mécanismes qui réduisent les barrières tarifaires et administratives pour la Tunisie. L’objectif n’est plus l’accès théorique : des outils, accords et plateformes existent déjà. La question pour les décideurs et investisseurs tunisiens est simple : quels marchés cibles, quelles offres concrètes et quelle route logistique pour convertir ces opportunités en chiffres d’affaires ?
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