Port d’Enfidha : retard, blocage ou opportunité pour la Tunisie
D’abord imaginé en 2006, relancé récemment, le port en eaux profondes d’Enfidha doit offrir à la Tunisie une capacité d’accueil des grands porte‑conteneurs et une plateforme logistique moderne. Où en est‑on en 2026 ? Entre retards, progrès fonciers et financement incertain, l’analyse factuelle.
Statut du projet (2026) : avancées concrètes
Terrains et foncier
- 90 % des terrains libérés pour le complexe portuaire selon le ministère du Transport.
- Coût global estimé du projet : ≈ 5 000 millions de dinars.
- Expropriations et régularisations foncières engagées depuis 2023–2024.
Phase d’études et préparation
- Le dossier final est passé par la commission technique puis la Haute Commission des grands projets en 2025.
- Etudes techniques en cours, mais début effectif des travaux non acté à la date la plus récente.
- Le projet reste dans une phase préparatoire avancée (plans, études, zones logistiques) sans chantier visible.
Budget et 2026
- Budget transport 2026 inscrit ≈ 15,7 M DT en paiements pour ports, dont une part dédiée à Enfidha.
- Engagements à hauteur de ≈ 29,5 M DT pour projets en cours (dont Enfidha).
- Part des crédits augmente significativement vs 2025 (+17,7 %).
Obstacles structurels persistants
Retards historiques
- Projet proposé en 2006, Enfidha Port Company créée en 2011, mais 20 ans après il reste en études préliminaires.
- Délais administratifs et changement d’entités responsables ralentissent la progression.
Financement non sécurisé
- Appels d’offres initiaux jugés financièrement inacceptables, reportant le lancement.
- Options envisagées par l’État :
- Relancer les appels d’offres
- Attirer un partenaire stratégique
- Redéfinir le projet
Risque d’investissement
- Absence de partenaire industriel solide ralentit l’allocation de capitaux.
- Concurrence régionale (Algérie, Maroc, Égypte) attire plus d’investissements portuaires.
- Incertitudes réglementaires et complexité des procédures freinent les investisseurs étrangers.
Scénario technique et capacités visées
- Superficie envisagée : ≈ 3 000 hectares (1 000 ha port + 2 000 ha zone logistique).
- Profondeur prévue : ≈ 20 m pour accueillir les très grands navires.
- Potentiel théorique : plusieurs millions de conteneurs EVP par an (chiffres variables selon sources).
Enjeux économiques et géographiques
Pourquoi ce port importe
- Tunisie cherche à réduire la dépendance aux ports saturés comme Radès.
- Enfidha pourrait devenir un hub maritime plus compétitif pour la Méditerranée.
- Une plateforme logistique reliée aux axes routiers/ferrés renforcerait les corridors vers l’Afrique.
Risques
- Si les infrastructures existantes de Radès, Sfax ou Gabès ne sont pas modernisées en parallèle, Enfidha seul ne suffira pas à désengorger le système portuaire.
- Sans financement sécurisé, le projet risque de subir un nouveau décalage.
Conclusion : projet mort‑né ou catalyseur ?
Fait net
En 2026, le port en eaux profondes d’Enfidha n’est pas un chantier tangible : c’est une série d’études, d’acquisitions foncières et de phases préparatoires avancées, mais pas de travaux sur site encore.
Facteurs de blocage
- Financement non verrouillé.
- Retards structurels administratifs.
Potentiel réel
Si un investisseur stratégique est trouvé et le financement sécurisé, le projet peut devenir un relais de croissance pour le commerce maritime tunisien et la logistique régionale.
Le gouvernement tunisien saura‑t‑il transformer ces deux décennies d’études en chantiers effectifs d’ici 2030 ?
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