Maurice retrouve le top 50 mondial de l’innovation, la Tunisie gagne cinq places

Maurice retrouve le top 50 mondial de l’innovation, la Tunisie gagne cinq places

Maurice retrouve le top 50 mondial de l’innovation, la Tunisie gagne cinq places

L’OMPI a publié le 29 septembre son Indice mondial de l’innovation 2026. Derrière le retour de Maurice dans le top 50, seize pays africains gagnent des places. La Tunisie, 71e mondiale, illustre à la fois la force du continent en capital humain et le défi qui reste à relever : transformer les compétences en entreprises, brevets et emplois qualifiés.

L’édition 2026 du Global Innovation Index (GII) de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) classe 139 économies à partir d’environ 80 indicateurs couvrant les institutions, le capital humain, la recherche, les infrastructures, le financement, les technologies, les brevets ou encore la production de connaissances. Sur les 35 pays africains évalués, 16 améliorent leur position par rapport à 2025.

En tête du continent, Maurice se classe 50e mondiale, devant le Maroc (54e), l’Afrique du Sud (63e), la Tunisie (71e) et le Botswana (82e). L’île Maurice gagne trois places par rapport à 2025, où elle était 53e.

Un retour dans le top 50, pas une première

Une partie de la presse présente ce rang comme une première entrée d’un pays africain dans le top 50. La fiche pays de l’OMPI précise pourtant que Maurice était déjà 45e en 2022, avant de reculer à la 57e place en 2023. Le 50e rang de 2026 est donc un retour, et le meilleur résultat mauricien depuis quatre ans.

Maurice reste toutefois première des 31 économies d’Afrique subsaharienne et cinquième de son groupe de revenu (revenu intermédiaire supérieur). L’OMPI elle-même invite à la prudence : l’intervalle de confiance statistique situe son rang réel entre la 49e et la 64e place. Ses performances sont équilibrées entre les moyens (52e) et les résultats (54e).

Afrique de l’Ouest francophone : le Sénégal en tête, la Côte d’Ivoire loin derrière

Dans l’espace ouest-africain francophone, le Sénégal est le seul pays du top 10 continental. Il se classe 90e mondiale, devant le Ghana (101e), la Côte d’Ivoire (110e) et le Nigeria (118e). Le Sénégal perd néanmoins une place par rapport à 2025, où il était 89e, mais l’OMPI le considère toujours comme au-dessus de ce que son niveau de développement laisserait attendre.

La Côte d’Ivoire, 13e à l’échelle africaine, stagne au 110e rang mondial. Un décalage qui illustre les écarts de performance innovante au sein même de la sous-région.

Rwanda : le plus fort bond, porté par les institutions

Le Rwanda signe la progression la plus spectaculaire du top 10 africain : +8 places, de la 104e à la 96e position mondiale. Il devient premier des 12 pays à faible revenu couverts par l’indice.

Cette performance repose largement sur le pilier des institutions, où le Rwanda se classe 26e mondial. Mais le pays est 80e pour les moyens et seulement 114e pour les résultats. Autrement dit, le cadre institutionnel est solide, mais la transformation en brevets, en production technologique et en valeur locale reste le prochain défi.

Tunisie : un capital humain d’exception, un chaînon manquant dans la transformation

La Tunisie est l’une des progressions les plus notables du classement. Le pays gagne cinq places et se hisse au 71e rang mondial (sur 139 économies), contre le 76e en 2025, avec un score de 29,3 points

. Sur le continent, elle occupe la 4e place africaine, derrière Maurice, l’Afrique du Sud et le Maroc, et la 2e place en Afrique du Nord, derrière le Maroc (54e) mais devant l’Égypte (83e) et l’Algérie (111e).

Le profil tunisien est frappant de contrastes. Le pays excelle dans le capital humain et la recherche, où il se classe 45e mondial

. Mieux : la Tunisie est première au monde pour la part de diplômés en sciences et en ingénierie, 12e mondiale pour sa production scientifique, 38e pour ses exportations de haute technologie et 18e pour les investissements en R&D de pointe et en IDE de haute technologie. Ces atouts, souligne l’OMPI, offrent à la Tunisie « une base solide pour la modernisation technologique et sa participation à une production à plus forte intensité de connaissances ».

Le revers de la médaille est tout aussi net. Le principal frein identifié par le rapport est l’insuffisance d’un environnement d’affaires dynamique : la Tunisie se classe 124e mondiale sur ce critère. S’y ajoute une participation insuffisante du secteur privé à la R&D et des liens trop faibles avec l’innovation, qui la placent au 112e rang mondial.

Autrement dit, la Tunisie dispose des talents et de la recherche, mais peine à les connecter aux entreprises, aux investissements et à la commercialisation. « La prochaine étape consiste à mieux connecter les talents, la recherche et les capacités d’exportation tunisiennes aux entreprises, aux investissements et à la commercialisation, afin que les compétences scientifiques et industrielles se traduisent par une création technologique plus forte, une innovation commerciale accrue et des exportations à plus forte valeur ajoutée ». C’est exactement le défi que le GII 2026 pose à l’ensemble du continent.

Ce que le classement mesure vraiment

Le GII ne se limite pas aux dépenses de recherche. Il agrège des données sur les institutions, l’éducation, les infrastructures, le financement, le capital-risque, les brevets et la production de connaissances. Cette méthodologie explique certains résultats contre-intuitifs : un pays peut afficher de bons indicateurs institutionnels sans que cela se traduise immédiatement par des entreprises innovantes ou des emplois qualifiés.

C’est tout l’enjeu pour les économies africaines qui progressent. Le classement salue des progrès institutionnels et une meilleure capacité à créer un environnement favorable à l’innovation. Mais la question de fond reste posée : quels pays parviendront à convertir ces avancées en brevets, en start-up scale-up, en emplois qualifiés et en valeur créée localement ?

Maurice illustre cette ambivalence. L’île doit son classement à la diversification de son économie vers les services, la connectivité numérique, la finance et les investissements, davantage qu’à une explosion de sa production technologique. Le Maroc, lui, produit plus qu’il n’investit : 76e pour les moyens, mais 46e pour les résultats. Le Kenya offre le profil inverse : 111e pour les moyens, 86e pour les résultats. La Tunisie, avec son 45e rang en capital humain et son 124e en environnement d’affaires, incarne peut-être le plus clairement ce déséquilibre entre la promesse scientifique et la réalisation économique.

La question qui reste ouverte

Le GII 2026 confirme une dynamique africaine réelle : 16 économies sur 35 gagnent des places, portées par le renforcement des capacités institutionnelles, la consolidation des écosystèmes technologiques et la hausse des dépenses de R&D. Mais l’indice mesure autant la promesse que le résultat.

Derrière les rangs, la vraie course commence maintenant : celle de la transformation. Les pays qui réussiront ne seront pas nécessairement ceux qui grimpent le plus vite dans le classement, mais ceux qui sauront transformer un environnement institutionnel plus favorable en tissu productif innovant, en brevets déposés, en entreprises qui grandissent et en emplois qualifiés pour les jeunes générations. Pour la Tunisie, cela signifie faire passer ses ingénieurs et ses chercheurs du laboratoire à l’entreprise, et son environnement d’affaires du 124e rang mondial à une place digne de son capital humain.

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