Le paiement mobile en Tunisie change d’échelle.
Les opérateurs télécoms avancent vite.
La régulation s’installe.
La question n’est plus “faut-il y aller ?”
La question est : qui contrôlera l’infrastructure des paiements numériques en Tunisie ?
Pour les décideurs, c’est un sujet stratégique : souveraineté numérique, inclusion financière, données, fiscalité.
Paiement mobile en Tunisie : un marché qui accélère
Selon Banque Centrale de Tunisie :
- +81 % de croissance des paiements mobiles en 2025
- 8,4 millions d’opérations
- Environ 1,77 milliard de dinars traités
Ces chiffres confirment trois tendances :
- Adoption rapide du paiement mobile en Tunisie
- Digitalisation accélérée des transactions du quotidien
- Intérêt croissant des acteurs télécom et fintech
Le cadre réglementaire existe :
- Agréments pour établissements de paiement
- Encadrement des wallets électroniques
- Exigences KYC et lutte anti-blanchiment
Le marché est donc structuré. Il n’est plus expérimental.
Ooredoo, Orange : offensive structurée sur la fintech
Ooredoo Fintech : séparation institutionnelle
Ooredoo Tunisie a obtenu un agrément via sa filiale fintech.
Objectif :
- Accélérer le déploiement des services de paiement
- Isoler le risque réglementaire
- Structurer un modèle compatible avec les exigences de la BCT
Approche claire : créer un véhicule spécialisé.
Orange Tunisie et l’écosystème paiement
Orange Tunisie s’appuie sur des partenariats fintech comme Flouci.
Logique :
- Intégrer paiement mobile
- Exploiter l’expertise du groupe international
- Connecter télécom, services financiers et data
Résultat : un écosystème hybride télécom + fintech.
Tunisie Telecom : atout infrastructure, retard stratégique ?
Tunisie Telecom dispose :
- Du réseau le plus étendu nationalement
- D’une base clients massive
- D’une infrastructure fibre + mobile consolidée
Le service TelecoMoney / Mobidinar existe déjà.
Mais :
- Faible visibilité marketing
- Adoption limitée comparée aux ambitions du marché
- Positionnement peu lisible face aux concurrents
L’enjeu dépasse le simple wallet.
Il concerne la souveraineté numérique en Tunisie.
La Poste Tunisienne : levier d’inclusion financière
La Poste Tunisienne représente :
- Des millions de comptes CCP
- Une présence forte dans les régions intérieures
- Une relation de confiance historique
Elle joue déjà un rôle clé dans l’inclusion financière en Tunisie.
Un rapprochement stratégique TT–Poste pourrait :
- Accélérer la distribution de paiements digitaux
- Intégrer aides sociales et transferts publics
- Réduire les coûts de transaction
Mais aucune annonce officielle ne confirme un projet structuré à ce stade.
MVNO, IoT, M2M : potentiel ou projection ?
L’idée d’un modèle MVNO pour la Poste :
- SIM liées aux comptes postaux
- Connectivité intégrée aux services financiers
- Extension sans investissement lourd en infrastructure
Techniquement faisable.
Réglementairement complexe.
Cela implique :
- Validation de l’Instance nationale des télécoms
- Conformité BCT
- Modèle économique robuste
Aujourd’hui, cela reste une hypothèse stratégique.
Souveraineté numérique en Tunisie : le vrai débat
La bataille fintech ne porte pas uniquement sur les paiements.
Elle concerne :
- Le contrôle des flux financiers
- La maîtrise des données transactionnelles
- La cybersécurité
- La fiscalisation de l’économie informelle
Un système de paiement mobile national solide pourrait :
- Réduire le cash
- Améliorer la traçabilité
- Optimiser la distribution des aides publiques
Mais cela exige :
- Investissements lourds
- Gouvernance claire
- Coordination État–régulateur–opérateurs
La souveraineté numérique ne se décrète pas.
Elle se finance et se régule.
Analyse stratégique : trois scénarios possibles
1️⃣ Leadership privé
Ooredoo et Orange structurent le marché.
Tunisie Telecom suit.
2️⃣ Modèle hybride public–opérateur
Partenariat TT–Poste.
Intégration progressive des services publics.
3️⃣ Fragmentation
Multiplication des wallets.
Faible interopérabilité.
Adoption lente.
Le scénario choisi déterminera la place de la Tunisie dans l’économie digitale régionale.