L’économie informelle en Tunisie : jusqu’à 60 % de l’activité échappant au contrôle
En Tunisie, une grande partie de la richesse produite échappe à l’État.
Ce n’est pas un angle mort statistique. C’est un système parallèle structuré.
Estimations disponibles
- 54 % du PIB en 2018
- 40 à 60 % de l’activité totale
- 2,6 milliards de TND de pertes fiscales annuelles
Autrement dit : plus d’un dinar sur deux circule en dehors du cadre formel.
Le poids réel de l’économie informelle
L’économie informelle en Tunisie n’est plus un phénomène périphérique.
Elle redessine la structure du marché et le PIB officiel sous-estime sa taille réelle.
La pression fiscale se concentre donc sur une base réduite.
Chiffres clés :
- 54 % du PIB
- Jusqu’à 60 % de l’activité économique
- 2,6 milliards de TND de manque à gagner fiscal
Pourquoi le secteur informel domine
1. Fiscalité et complexité administrative
- Charges fiscales élevées
- Procédures longues
- Coûts de conformité importants
- Faible confiance envers les institutions
Pour une micro-entreprise, rester informel est souvent un choix économique rationnel.
2. Marché du travail rigide
- Chômage structurel élevé
- Faible création d’emplois formels
- Forte proportion de travailleurs indépendants
Le secteur informel absorbe une partie du choc social.
3. Flux transfrontaliers et commerce parallèle
- Importations non déclarées
- Réseaux de distribution informels
- Distorsion des prix
Dans certaines régions, l’économie informelle structure l’activité locale.
Secteurs les plus exposés
- Commerce de détail
- BTP
- Transport
- Agriculture
- Importation parallèle de biens de consommation
Ce phénomène touche tous les secteurs et toutes les chaînes de valeur.
Impact sur les finances publiques
2,6 milliards de TND perdus
Ce montant représente :
- Une part significative des recettes fiscales potentielles
- Plusieurs points de TVA
- Une marge budgétaire pouvant financer des investissements structurants
Conséquences directes :
- Pression accrue sur les entreprises formelles
- Endettement public accru
- Dépendance aux financements extérieurs
L’économie informelle fragilise la soutenabilité des finances publiques.
Distorsion de concurrence et climat d’investissement
Pour les investisseurs :
- Concurrence par les prix difficile à contrer
- Absence de traçabilité
- Données de marché biaisées
- Difficulté d’évaluation du risque réel
Un marché où 40 à 60 % de l’activité échappe aux règles crée une incertitude structurelle.
Amortisseur social ou bombe budgétaire ?
Le secteur informel joue un rôle de stabilisateur :
- Génère des revenus
- Absorbe le chômage
- Soutient la consommation
Mais à long terme :
- Pas d’accès à la protection sociale
- Faible accès au crédit
- Productivité limitée
- Moins d’investissements structurants
L’économie informelle soutient le court terme et affaiblit le long terme.
Digitalisation et formalisation progressive
Pistes réalistes :
- Simplification fiscale
- Statut simplifié pour micro-entrepreneurs
- Paiements électroniques
- Incitations à la déclaration
Une formalisation brutale pourrait détruire des revenus.
Une intégration progressive élargirait l’assiette fiscale.
Implications pour décideurs et investisseurs
- Le PIB réel est supérieur aux chiffres officiels.
- La fiscalité restera sous pression sans élargissement de l’assiette.
- Toute stratégie d’investissement doit intégrer la dualité formel / informel.
- La réforme fiscale est un enjeu politique majeur.
L’économie informelle n’est pas temporaire. Elle est structurelle.
Transformer l’informel en levier de croissance
- Jusqu’à 60 % de l’activité économique
- 54 % du PIB
- 2,6 milliards de TND de pertes fiscales
Ce n’est pas un détail statistique.
C’est un déterminant central de la trajectoire économique du pays.
La question n’est pas d’éradiquer l’informel, mais de le transformer en levier de croissance formelle.