Le vrai coût d’un diplôme tunisien : combien l’État investit… et combien il perd

Former un ingénieur.
Former un médecin.
Former un juriste.

Ce n’est pas une ligne budgétaire abstraite.
C’est un investissement public massif.

La question est simple :

Combien coûte réellement un diplôme tunisien à l’État ?
Et combien de ces diplômés quittent le pays dans les 5 ans ?

Les chiffres racontent une histoire brutale : celle d’une fuite des cerveaux en Tunisie qui pèse lourd sur les finances publiques.

Combien coûte former un diplômé en Tunisie ?

Le budget du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique dépasse régulièrement :

2 milliards de dinars par an
(soit environ 600 à 650 millions d’euros selon le taux de change)

Effectifs universitaires publics :

≈ 240 000 étudiants (données MESRS / INS)

Coût moyen annuel par étudiant

En divisant le budget par les effectifs :

≈ 8 000 à 9 000 dinars par étudiant et par an

Mais ce chiffre masque d’énormes écarts selon les filières.

Le coût d’un ingénieur pour l’État tunisien

Durée moyenne :
5 ans (cycle préparatoire + école d’ingénieurs)

Coût annuel estimé (filières scientifiques techniques) :

10 000 à 12 000 dinars/an

👉 Coût total par diplômé :

50 000 à 60 000 dinars
(≈ 16 000 – 18 000 euros)

Pourquoi plus cher ?

  • Laboratoires
  • Équipements techniques
  • Encadrement spécialisé
  • Taux d’encadrement plus faible

L’ingénierie est un investissement stratégique.
Mais aussi l’un des profils les plus exportés.

Le coût d’un médecin : un investissement lourd

Durée moyenne :
7 à 11 ans selon spécialité

Coût annuel estimé (médecine publique hospitalo-universitaire) :

15 000 à 20 000 dinars/an

👉 Coût total estimé :

120 000 à 200 000 dinars par médecin

Ce montant inclut :

  • Formation clinique
  • Internat
  • Accès aux hôpitaux publics
  • Encadrement universitaire

Former un médecin est l’un des investissements éducatifs les plus coûteux pour l’État tunisien.

Le coût d’un juriste

Durée moyenne :

4 à 5 ans

Coût annuel estimé :

6 000 à 8 000 dinars/an

👉 Coût total :

25 000 à 35 000 dinars

Moins d’infrastructures lourdes, moins de matériel scientifique, mais toujours financé par l’impôt.

Combien partent à l’étranger ?

C’est ici que l’équation devient critique.

Fuite des cerveaux en Tunisie : les chiffres

Selon les données de l’Ordre des Médecins de Tunisie :

  • Plus de 40 % des jeunes médecins demandent un certificat de bonne conduite pour exercer à l’étranger.
  • En 2022–2023 : plusieurs milliers de médecins tunisiens exercent en France et en Allemagne.

En France uniquement :

Plus de 3 500 médecins tunisiens sont inscrits à l’Ordre (données Conseil national de l’Ordre français).

Ingénieurs

Données de l’Organisation internationale pour les migrations et rapports nationaux :

  • Une part significative des diplômés IT et ingénierie quitte la Tunisie dans les 3 à 5 ans.
  • Estimation sectorielle : 25 à 35 % des ingénieurs émigrent rapidement après diplomation.

Juristes

Taux plus faible, mais migration croissante vers :

  • France
  • Canada
  • Pays du Golfe

L’hémorragie financière : une estimation simple

Prenons un scénario conservateur.

Si chaque année :

  • 1 000 médecins partent
  • 2 000 ingénieurs partent

Coût public cumulé estimé :

Médecins :
1 000 × 150 000 dinars = 150 millions de dinars

Ingénieurs :
2 000 × 55 000 dinars = 110 millions de dinars

👉 Total annuel potentiel :

260 millions de dinars d’investissement public exporté

Et ce calcul ne prend pas en compte :

  • Manque à gagner fiscal futur
  • Déficit de compétences locales
  • Coût de remplacement

Pourquoi la fuite des cerveaux en Tunisie s’accélère

Les facteurs sont connus :

  • Salaires publics faibles
  • Conditions hospitalières dégradées
  • Manque d’équipements
  • Fiscalité et instabilité réglementaire
  • Attractivité européenne (France, Allemagne, Canada)

Exemple :

Un jeune médecin peut multiplier son salaire par 4 à 6 fois en Europe.

Un ingénieur IT peut doubler ou tripler son revenu dès la première année.

L’arbitrage devient rationnel.

Le coût d’un diplôme tunisien : investissement ou subvention à l’export ?

L’État tunisien finance :

  • La formation
  • Les infrastructures
  • Les salaires des enseignants
  • Les hôpitaux universitaires

Mais les bénéfices économiques sont captés ailleurs.

C’est une forme de transfert indirect de capital humain vers les économies développées.

Sans mécanisme de :

  • Rétention
  • Incitation fiscale
  • Partenariats industriels locaux
  • Contrats d’engagement

L’équation reste déficitaire.

Insight stratégique

La question n’est pas morale.
Elle est budgétaire.

Former un médecin à 150 000 dinars et le voir partir au bout de 2 ans signifie :

  • Perte d’investissement
  • Déficit de service public
  • Pression accrue sur les finances

La Tunisie forme un capital humain de qualité.
Mais elle ne capte pas son rendement.

Un choix économique, pas idéologique

Le débat sur le coût d’un diplôme tunisien ne concerne pas uniquement l’éducation.

Il concerne :

  • La politique industrielle
  • La fiscalité
  • L’attractivité du territoire
  • La soutenabilité budgétaire

Former des talents sans stratégie de rétention revient à financer la croissance d’autres économies.

Le sujet mérite d’être traité comme un dossier macroéconomique, pas comme une simple statistique universitaire.

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