la viande rouge devient un luxe pour les Tunisiens
Viande rouge en Tunisie : une inflation hors de contrôle qui redessine la consommation
La Tunisie traverse une crise alimentaire sans précédent. En quinze ans, le prix du kilogramme de viande rouge a été multiplié par cinq, transformant un aliment de base en un produit de luxe inaccessible pour la classe moyenne. Entre effondrement du cheptel et explosion des coûts de production, les chiffres révèlent une déconnexion brutale avec la réalité économique des ménages.
L’envolée des prix : 2010 vs 2026
Le constat est sans appel : le pouvoir d’achat du Tunisien est fortement affecté par l’inflation des protéines animales.
- Viande d’agneau : 12,5 DT (2010) → 65 DT (2026). Hausse de 420 %.
- Viande de bœuf : 11,9 DT (2010) → 47 DT. Prix presque quadruplé.
- Pression sur le SMIG : Avec un salaire minimum à 528 DT, l’achat d’un kilo d’agneau représente désormais 11 % du revenu mensuel d’un ouvrier.
Pourquoi la viande tunisienne est-elle la plus chère de la région ?
Comparée au reste du monde arabe, la Tunisie se distingue par un déséquilibre critique entre prix et revenu.
| Pays | Prix Agneau (DT/kg) | Salaire Minimum (DT) | Ratio Prix/SMIG |
| Tunisie | 55 | 528 | 10,4 % |
| Maroc | 41 | 1025 | 4,0 % |
| Libye | 38 | 457 | 8,3 % |
| Qatar | 55 | 1434 | 3,8 % |
| ÉAU | 33 | 4734 | 0,7 % |
Insight clé : un Tunisien paie sa viande au même prix qu’un Qatari, alors que son revenu est trois fois inférieur. Ce déséquilibre pousse une large partie de la population au boycott involontaire.
Les racines d’une crise structurelle
La flambée des prix n’est pas une fatalité. Elle résulte de plusieurs facteurs critiques :
- Dépendance aux intrants : le coût du fourrage, souvent importé, a explosé, rendant l’engraissement non rentable pour les petits éleveurs.
- Érosion du cheptel : sécheresse persistante et abattage précoce des femelles ont réduit drastiquement l’offre locale.
- Contrebande : une partie significative du bétail quitte illégalement les frontières vers des pays voisins où les prix sont plus attractifs.
- Alerte Ramadan : la Chambre syndicale des bouchers prévient que la barre symbolique des 70 DT/kg pourrait être franchie durant le mois saint.
Quelles solutions pour réguler le marché ?
Malgré les efforts de la Société des Viandes pour plafonner certains tarifs à 42,9 DT/kg, l’offre reste marginale face à la demande globale.
Leviers d’action pour les décideurs :
- Soutien direct aux éleveurs : subventionner les aliments pour bétail afin de stabiliser le coût de revient.
- Contrôle des circuits de distribution : lutter contre les intermédiaires spéculateurs et la contrebande transfrontalière.
- Importations ciblées : augmenter temporairement les quotas de viande congelée ou de bétail sur pied pour détendre les prix avant les pics de consommation.
La crise de la viande rouge en Tunisie n’est plus seulement un enjeu agricole : c’est une urgence sociale qui nécessite une refonte profonde de la filière et de la souveraineté alimentaire.