La Tunisie attire encore des capitaux, mais plus comme avant.
Entre le départ de Sanofi et l’arrivée de nouveaux industriels européens et asiatiques, les flux d’investissement étranger en Tunisie racontent une histoire plus nuancée que le débat politique.
Voici les chiffres et ce qu’ils signifient vraiment.
IDE en Tunisie : les chiffres récents
Selon la FIPA Tunisia et la Banque centrale de Tunisie :
- 2,9 milliards de dinars d’IDE en 2023, en hausse de 8 à 10 % par rapport à 2022
- Environ 80 % orientés vers l’industrie manufacturière
- Plus de 3 000 entreprises étrangères actives dans le pays
En dollars, cela représente environ 900 millions USD.
À titre de comparaison :
- Maroc : plus de 2 milliards USD d’IDE par an
- Égypte : au-delà de 10 milliards USD certaines années
La Tunisie reste attractive, mais à une échelle modeste.
Investissement étranger en Tunisie : les pays qui misent encore
🇫🇷 France
Premier investisseur historique :
- Environ 1 400 entreprises françaises
- Plus de 150 000 emplois directs
- Forte présence dans l’automobile, les câbles et les services
Le départ de Sanofi a marqué les esprits, mais d’autres groupes maintiennent leurs opérations industrielles.
🇩🇪 Allemagne
Position solide dans :
- Composants automobiles
- Équipements industriels
- Ingénierie
La relation Tunisie-Allemagne reste centrée sur la production à coût compétitif pour l’Europe.
🇮🇹 Italie
Investisseur stable, surtout dans :
- Textile
- Agroalimentaire
- Mécanique
L’Italie joue la carte de la proximité logistique.
🇨🇳 Chine
Présence encore limitée en volume, mais intérêt croissant pour :
- Infrastructures
- Énergies
- Projets liés aux nouvelles routes commerciales
Il y a plus d’annonces de projets que de capitaux réellement investis.
Les secteurs attractifs : où va l’IDE en Tunisie ?
1. Industrie manufacturière
Pilier historique :
- Câblage automobile
- Composants électroniques
- Aéronautique
La Tunisie est intégrée aux chaînes européennes, ce qui reste son principal avantage comparatif.
2. Énergies renouvelables
Pression européenne et transition énergétique :
- Solaire
- Éolien
- Projets hybrides
Le cadre réglementaire évolue, mais les délais administratifs restent un frein.
3. Services IT et offshoring
Croissance continue :
- Centres de services
- Développement logiciel
- Support technique
Coût compétitif et compétences techniques. Mais la concurrence reste forte avec le Maroc et l’Europe de l’Est.
Les freins structurels à l’investissement étranger en Tunisie
Les investisseurs interrogés citent systématiquement :
- Instabilité réglementaire
- Délais administratifs longs
- Difficulté d’accès aux devises
- Incertitude politique
- Faible croissance économique (autour de 1 à 2 % récemment)
À court terme, ces facteurs limitent les nouveaux projets à forte intensité capitalistique.
Ce qui joue encore en faveur de la Tunisie
Malgré tout :
- Proximité géographique avec l’Europe
- Main-d’œuvre qualifiée
- Accords commerciaux favorables
- Intégration dans les chaînes industrielles européennes
Dans une logique de nearshoring, la Tunisie reste pertinente.
Lecture stratégique : départs vs nouvelles entrées
Le débat n’est pas « les investisseurs fuient ».
La réalité est plus technique :
- Les secteurs à faible marge quittent le terrain
- Les activités industrielles intégrées à l’Europe résistent
- Les nouveaux projets sont plus prudents et ciblés
L’IDE en Tunisie ne disparaît pas, il se sélectionne.
Qui croit encore en la Tunisie ?
Les investisseurs européens industriels restent.
Les capitaux opportunistes sont plus hésitants.
Les nouveaux entrants testent le terrain avant d’élargir.
La question clé n’est pas le volume, mais la qualité des projets et leur capacité à créer de la valeur locale.
Sans réformes administratives rapides, la Tunisie risque de stagner comme sous-traitant à faible marge.
Avec plus de stabilité et de simplification, elle pourrait attirer davantage de relocalisations européennes.
Le choix est politique. Les capitaux suivront.