Économie bleue en Tunisie : comment exploiter enfin nos côtes
L’économie bleue en Tunisie : rendement sous exploité des côtes
Économie bleue en Tunisie : comment exploiter enfin nos côtes
La Tunisie possède plus de 1 300 km de côtes méditerranéennes, un atout économique réel qui pèse déjà dans le PIB mais reste largement sous‑valorisé. Malgré une contribution non négligeable à l’économie nationale, les segments clés comme la pêche durable et le tourisme de plaisance ne sont pas développés à la hauteur de leurs capacités. Cet article décortique les chiffres, les freins et les leviers concrets pour attirer investissements et décideurs.
Contexte : chiffres qui posent le cadre
Économie bleue en Tunisie — état des lieux
- Côte tunisienne : >1 300 km de littoral.
- Population littorale : ≈7,6 millions d’habitants (≈66 % de la population totale).
- Part de l’économie bleue dans le PIB : ≈14–16 %.
- Tourisme balnéaire exclusivement : >13 % du PIB.
- Pêche, aquaculture et transport maritime : ≈3 % du PIB.
Clairement, le littoral est une base économique solide mais avec un potentiel mal exploité, notamment hors balnéaire classique.
Pêche durable : filière stratégique mais fragmentée
Données sectorielles
- Flotte de pêche : ≈11 500 embarcations, 41 ports de pêche.
- Emplois directs et indirects : ≈100 000 personnes, dont ≈54 000 pêcheurs.
- Exportations secteur pêche : ≈557,6 MDT en 2019 (≈21 % des exportations agricoles et halieutiques).
- Consommation moyenne de poisson par habitant : ≈11 kg/an.
➡ La pêche est un pilier socio‑économique local avec une chaîne complète (capture, transformation, conditionnement) mais souffre de modernisation insuffisante et de pratiques non durables.
Freins à la durabilité
- Surexploitation des stocks dans certaines zones.
- Manque de régulation et de formation à des techniques modernes.
- Absence de circuits de valorisation efficients vers l’export.
Opportunités claires
- Moderniser les ports de pêche et la flotte pour réduire les coûts et augmenter les captures rentables, sans épuiser les stocks.
- Développer des certifications durables (labels) pour accéder à des marchés européens exigeants.
- Intensifier l’aquaculture (capacité actuelle ≈17 000 tonnes/an avec potentiel presque double d’ici 2030).
Tourisme de plaisance : segment sous‑développé
Données et contexte actuel
- Tourisme côtier = chantier majeur pour l’économie.
- La Tunisie dispose de marinas existantes et d’un potentiel nautique significatif, mais les infrastructures de plaisance restent fragmentaires et souvent inadaptées aux standards internationaux.
Freins structurels
- Manque de centres nautiques modernes.
- Absence de formation spécialisée et de compétences adaptées.
- Cadre réglementaire complexe qui freine les investisseurs et les opérateurs privés.
Opportunités réelles
- Créer des hubs nautiques haut de gamme intégrés (ports, services, maintenance).
- Développer la plaisance internationale en lien avec les flux européens (proximité géographique).
- Exploiter la demande croissante pour les activités maritimes récréatives (voile, yachting).
Risques ignorés mais économiques
Dégradation environnementale
- Érosion côtière tunisienne à un rythme important (≈70 cm/an, bien au‑dessus de la moyenne mondiale).
- Pollution côtière croissante (déchets, eaux usées).
Ces phénomènes ne sont pas des externalités mineures : ils réduisent directement l’attractivité touristique et pénalisent les activités halieutiques.
Recommandations actionnables
Gouvernance & stratégie
- Finaliser et implémenter rapidement une stratégie nationale claire pour l’économie bleue et son financement.
- Créer un guichet unique pour les investissements en économie bleue.
Investissements prioritaires
- Infrastructures portuaires modernes dédiées à la plaisance et à la pêche.
- Centres de formation maritime spécialisés.
- Systèmes de surveillance des stocks et quotas pour assurer la pêche durable.
Modèles économiques
- Co‑financements public‑privé pour les marinas haut de gamme.
- Certifications durables exportables pour les produits de la mer.
- Développement d’offres nautiques premium destinées aux marchés européens.
La Tunisie a des atouts concrets (long littoral, population littorale dynamique, base industrielle maritime) mais manque de vision stratégique opérationnelle et d’investissements structurants dans la pêche durable et le tourisme de plaisance. Acteurs publics et privés doivent aligner leurs efforts sur des projets mesurables et rentables. Avec une feuille de route claire et des financements ciblés, ces segments peuvent devenir des piliers de croissance réelle, pas des promesses sans substance.
Quelles mesures financières et réglementaires immédiates seraient les plus efficaces pour attirer des capitaux privés vers les ports de plaisance tunisiens ?
Lire aussi: