Tunisie face à la montée de la Chine en Méditerranée

La Tunisie a reformulé son engagement international vers l’Asie ces dernières années, avec Pékin comme interlocuteur central. La dynamique n’est plus marginale : elle se cristallise autour du commerce, des investissements et d’un réalignement géopolitique plus large. Ce virage attire l’attention des décideurs économiques tunisiens, des investisseurs et des analystes qui jugent chaque donnée avant d’agir.

Contexte macro : de l’Europe à l’Asie

  • Position de la Tunisie : géographiquement stratégique — carrefour Afrique‑Europe‑Asie, façade méditerranéenne essentielle pour les corridors commerciaux maritimes.

  • BRI : Tunis a signé un memorandum d’entente avec la Chine pour l’Initiative « Belt and Road », officialisant sa participation aux réseaux d’infrastructures reliant Asie‑Europe‑Afrique.

Économie bilatérale : chiffres clés

Échanges commerciaux

  • 9,2 milliards de dinars : volume total des échanges Tunisie‑Chine en 2024, en hausse +8 % par rapport à 2023.

    • Hausse tirée surtout par les importations tunisiennes (équipement industriel, technologie, biens de consommation).

  • 2025 (janv‑juil) : exportations chinoises vers la Tunisie atteignent 6,5 milliards de dinars, soit +37 % vs 2024, dépassant l’Italie et la France comme premiers fournisseurs.

Le commerce reste déséquilibré — le solde penche nettement en faveur de Pékin, malgré des efforts tunisiens pour promouvoir des exportations agricoles et artisanales.

 

Investissements et projets

Projets déjà lancés

  • Construction et financements chinois pour des centres sportifs, hôpitaux universitaires, académie diplomatique, ponts et infrastructures publiques.

  • Entreprises chinoises actives dans la cimenterie, les composants automobiles ou les produits chimiques.

Tentatives d’accords plus profonds

  • Négociations en cours pour un accord économique bilatéral avec zéro droits de douane sur produits tunisiens exportés vers la Chine (projet diplomatique).

  • Objectif affiché de renforcer à terme les investissements directs étrangers chinois et la compétitivité tunisienne.

Les flux d’IDE chinois restent modestes mais ciblés. Ils s’orientent vers des secteurs à fort impact (industrie, infrastructures). Le potentiel existe, mais la réalisation dépendra des réformes structurelles tunisiennes pour attirer des capitaux pérennes.

Aspects géopolitiques : position méditerranéenne

  • La Tunisie se repositionne dans un environnement global où Pékin cherche à réduire sa dépendance aux routes commerciales traditionnelles et aux partenaires européens.

  • Pékin valorise la connectivité logistique et l’accès aux corridors maritimes, ce qui donne à Tunis un levier stratégique pour négocier des engagements plus larges.

L’influence chinoise peut être perçue comme un contrepoids à l’Union européenne et aux États‑Unis, mais elle n’est pas exempte de défis — notamment la dépendance aux importations et le déséquilibre commercial croissant.

Soft power et échanges socioculturels

  • Expansion des formations, bourses, missions médicales, projets culturels et linguistiques financés ou soutenus par la coopération tuniso‑chinoise.

  • Initiatives telles que l’Institut Confucius favorisent l’apprentissage du mandarin et facilitent les échanges professionnels.

Ces programmes renforcent une perception positive de la coopération chinoise, mais leur portée reste limitée face aux défis économiques structurels tunisiens.

Contraintes internes et points d’attention

  • Déséquilibre commercial persistant malgré la croissance des échanges.

  • Participation du secteur privé tunisien limitée dans les filières d’exportation vers la Chine.

  • Nécessité d’adapter le cadre réglementaire pour maximiser les retombées réelles des investissements.

Ce que ça signifie pour la Tunisie

  • La montée de l’influence chinoise est mesurable et soutenue par des chiffres concrets de commerce et d’investissements.

  • Le déséquilibre commercial et le faible poids des exportations tunisiennes restent des défis majeurs.

  • Le potentiel stratégique lié à la méditerranée et la connectivité commerciale est réel, mais dépend de la capacité du pays à réformer son économie et à structurer des partenariats à long terme.

 

 

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