Panneaux solaires en Tunisie : Pourquoi ça ne décolle pas

Panneaux solaires en Tunisie : Pourquoi ça ne décolle pas

Panneaux solaires en Tunisie : Pourquoi ça ne décolle pas

Le paradoxe tunisien

La Tunisie a créé des mécanismes publics pour encourager l’installation de panneaux solaires chez les particuliers depuis une décennie, mais l’adoption reste faible malgré l’abondance d’ensoleillement et les subventions disponibles. Comment expliquer ce manque d’appétit chez les ménages ?

Cette analyse décrypte les chiffres, les freins structurels, les limites des subventions ANME et les pistes réalistes pour accélérer la demande chez les particuliers.

Contexte : objectifs énergétiques et dispositifs d’aide

Ambitions nationales solaires

  • Objectif : porter la part des énergies renouvelables à 35 % du mix électrique d’ici 2030.
  • Le solaire devrait représenter ~70 % de cette capacité.
  • Réalité actuelle : les renouvelables ne couvraient qu’environ 7 % de la demande en 2024, loin des cibles.

Programmes grand public

PROSOL Résidentiel et PROSOL ELEC (via l’ANME et le Fonds de Transition Énergétique) :

  • Financement total alloué 2024‑26 : TND 370 M (~121 M $).
  • Subvention jusqu’à 30 % du coût d’installation pour panneaux PV et aides financières avec crédit à taux faible.
  • STEG (compagnie électrique) offre parfois l’inverseur gratuitement et facilité d’accès au crédit via facture d’électricité.
  • ~300 MW PV installés dans ~90 000 foyers (depuis le début du programme).

Sur le papier, le cadre existe. Dans les faits, la pénétration reste limitée.

Pourquoi les particuliers n’investissent pas plus ?

1) Coût d’installation encore élevé

  • Prix indicatif d’une installation résidentielle 5 kWc : 6 000 TND à 14 000 TND après aides.
  • Retour sur investissement attendu : 5–7 ans, mais dépend très fortement de la consommation et des prix d’électricité.
  • Pour beaucoup de ménages tunisiens, ce seuil reste difficile à mobiliser cash même avec subventions.

2) Subventions mal calibrées et incertaines

  • D’après des enquêtes locales (TAP 2021), 43 000 ménages seulement avaient adopté l’énergie solaire malgré des subventions actives depuis 2010.
  • Décaissement tardif ou absent des aides a freiné des installateurs et découragé les foyers.
  • Le taux de subvention aurait été réduit (de ~1 200 DT/kW à ~500 DT), diminuant l’attrait économique.

3) Complexité administrative & manque d’informatisation

  • Démarches : dépôt de dossier détaillé auprès de l’ANME/STEG, agrément des installateurs, conformité technique, etc.
  • Manque de clarté et de digitalisation des procédures réduit le taux de conversion des demandes en installations effectives.

4) Contraintes techniques & perceptions des usagers

  • Installation de batteries domestiques souvent coûteuse ou compliquée.
  • Certaines personnes signalent impossibilité pratique d’intégrer batteries ou systèmes hors réseau.
  • Sentiment que le surplus d’énergie n’est pas réellement vendu au réseau (plutôt compensé sur la facture).

5) Marché des installateurs et capacités limitées

  • Besoin d’installateurs agréés ANME pour bénéficier des aides.
  • Les entreprises locales dénoncent des retards de paiement et un environnement financier fragile.
  • Pénurie perçue de composants ou offres sur le marché domestique à prix compétitifs.

Conséquences clés pour le marché résidentiel

  • Adoption faible par rapport au potentiel solaire naturel.
  • Rendement social et économique des subventions amoindri par leur application administrative et tardive.
  • Écart entre politique affichée et résultats tangibles au niveau des foyers.

Ce que disent les données

  • ~300 MW de PV installés dans des foyers depuis le lancement des programmes.
  • Adoption limitée malgré des aides continues depuis plus de dix ans.
  • Coût moyen d’un système après subvention reste élevé pour une large partie de la population.

Recommandations actionnables

Ajuster les subventions pour impact réel

  • Passer à un coût d’incitation fixe + inférieur au seuil d’investissement familial.
  • Assurer versement automatique et rapide des aides après rapport de conformité pour restaurer la confiance du marché.

Simplifier & numériser les démarches

  • Plateforme unique en ligne pour dépôt, suivi et validation des dossiers.
  • Réduction des étapes pour l’obtention des subventions et agréments.

Développer les financements adaptés

  • Produits financiers dédiés (micro‑crédits, prêts sur facture d’énergie plus longs).
  • Incitations fiscales claires pour les ménages moyens et les petites entreprises.

Stimuler l’écosystème installateur

  • Accréditation plus accessible, audits qualité, certifications.
  • Programme de formation technique soutenu par l’État.

Conclusion – Transition solaire : progrès lent mais améliorations possibles

La Tunisie a un cadre institutionnel et des subventions concrètes (ANME, PROSOL, crédits facilités) pour stimuler l’installation de panneaux solaires chez les particuliers. Reste que le coût résiduel élevé, les incitations mal calibrées, les retards de versement des aides et la complexité administrative limitent fortement la demande.

Pour franchir un palier visible, il faut passer d’un modèle de subvention fragmenté à une approche intégrée, rapide, simple et financièrement accessible pour les ménages – autrement dit, des aides qui accélèrent l’adoption au lieu d’être déclaratives.

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