La Tunisie forme des milliers de profils qualifiés chaque année. Pourtant, un nombre croissant de ces talents part s’installer à l’étranger. Cette hémorragie de compétences n’est pas un débat théorique : elle se mesure en milliers de départs et en dizaines de millions de dinars de pertes pour l’économie nationale. Les décideurs doivent comprendre les chiffres réels, leurs implications et ce qui se joue derrière ces migrations.
Qu’est‑ce que la fuite des cerveaux ?
La fuite des cerveaux désigne l’émigration de personnes hautement qualifiées — ingénieurs, médecins, chercheurs, spécialistes tech — vers des pays qui offrent de meilleures opportunités salariales, de carrière et de conditions de vie. Ce phénomène a des conséquences directes sur la croissance, l’innovation et l’investissement local.
Chiffres clés sur l’émigration qualifiée
Départs annuels de diplômés
- Environ 20 ingénieurs tunisiens quittent le pays chaque jour, soit environ 7 000 à 8 000 par an, selon l’Ordre des ingénieurs tunisiens.
- La Tunisie forme plus de 8 000 nouveaux ingénieurs chaque année.
- Entre 2015 et 2023, presque 100 000 diplômés de l’enseignement supérieur ont émigré, touchant ingénieurs, médecins et autres profils hautement qualifiés.
Proportion des diplômés qui partent
- Une étude indique que 15 % à 20 % des diplômés tunisiens quittent le pays chaque année, privant le pays de compétences essentielles dans les secteurs clés.
Répartition par secteurs
- Les domaines les plus affectés :
- Ingénierie (majoritaire dans les flux d’émigration)
- Médecine et santé (fort taux de départs jeunes diplômés)
- Technologies de l’information
- Recherche et enseignement supérieur
Coût économique de la fuite des cerveaux
Investissement public perdu
- Le coût de la formation d’un ingénieur est estimé à ~650 millions de dinars par an pour l’État tunisien.
- Cela revient à financer des diplômes qui ne contribuent pas, pour une large part, à l’économie locale.
Perte de valeur ajoutée
Chaque talent qui part représente aussi :
- Moins de revenus fiscaux futurs
- Moindre innovation et création d’entreprises locales
- Capacité réduite à attirer des investissements directs étrangers grâce à une main‑d’œuvre qualifiée disponible
Ces pertes indirectes ne sont pas toujours chiffrées précisément mais pèsent sur le potentiel de croissance à moyen et long terme.
Facteurs explicatifs
Conditions économiques internes
- Un marché du travail saturé et des salaires relativement bas.
- Taux de chômage élevé chez les jeunes diplômés, poussant vers l’émigration plutôt que l’emploi local.
Attractivité des pays d’accueil
- Pays européens comme la France, l’Allemagne ou le Canada offrent des perspectives salariales et de progression de carrière souvent supérieures.
- Les systèmes d’immigration moderne favorisent les travailleurs qualifiés, intensifiant ces flux.
Conséquences structurelles pour la Tunisie
- Démographie des compétences : un déséquilibre entre diplômés formés et diplômés disponibles localement.
- Services publics affaiblis (santé, éducation, recherche).
- Compétitivité économique réduite face à des marchés mondiaux qui misent sur l’innovation et les hautes technologies.
Conclusion : mesurer pour décider
La fuite des cerveaux en Tunisie n’est pas un phénomène marginal : elle touche plusieurs milliers de diplômés chaque année, coûte des centaines de millions de dinars à l’État et réduit la capacité du pays à croître et à innover. Pour les décideurs et investisseurs.
la question n’est plus de savoir si cela affecte l’économie, mais combien et comment y répondre?